‹ Histoire de Madame BaratChapitre 231 sur 311 · SA. PRUDENTE ADMINISTRATION · texte numérisé non relu

SA. PRUDENTE ADMINISTRATION

Vos salons ne sonl pas assez simples; l'on dit que vos enfants courent le risque de prendre au Sacré-Cœur un goût d'élégance qui ne leur permettrait plus de se contenter des modestes manoirs de leurs pères. » Une supérieure ayant fait bâtir à Chambéry un magnifique portique avec colonnade en pierre, ce fui l'objet de graves reproches de la mère générale. Près de Metz, à Montigny, elle arrêta brusquement une construction commencée en beau style gothique; et, malgré le disparate qui devait en résulter, elle la fit terminer dans un style plus simple. On citerait cent faits pareils : « J'aimerais mieux, disait-elle, que cette petite Société si visiblement bénie de Dieu n'existât plus, que de voir s'affaiblir en elle l'esprit de pauvreté. C'est la malédiction des communautés. »

Cependant, au sein de cette prudence, de cette justice, de cette économie et de cette pauvreté, rien d'étroit , rien de petit; au contraire , une largeur d'âme et au besoin une sorte de magnificence royale, des sommes énormes données à ses filles, dès le premier soupçon qu'elle avait de leur gêne, des chargements volumineux d'effets et de mobilier pour les maisons nécessiteuses, une sorte de -besoin impérieux de donner, avec une manière de le faire plus aimable que le don lui-même : voilà ce que nous rencontrons à chaque pas de la vie, à chaque ligne des lettres de M"'® Barat. « Je me persuade , écrit- elle à la supérieuse d'une nouvelle maison, que par discrétion, pour ne rien demander, vous souffrez du froid et vous vous nourrissez mal. Ce serait bien, chère Alix, contre mes intentions. Je préfère vous envoyer mille francs de plus dès que je le pourrai, et que vous ne vous laissiez pas manquer du

nécessaire. Quand on travaille comme vous, il faut soutenir ses forces'. » Un jour, une supérieure lui ayant confessé que l'ennui des dettes l'empêchait de dormir, la mère générale lui dit : « Ma fille, cherchez premièrement le règne de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné comme par surcroît. » Puis, le lendemain, au moment où elle allait partir, elle ajouta en riant : « Je voudrais bien pourtant vous rendre quelques bonnes nuits, en payant ce que vous devez : que ne puis-je tout payer? » Elle lui remit une somme de quatorze mille francs, et elle ajouta: « Si au mois de mars prochain vous è'.es encore dans l'embarras, je ferai en sorte de vous ôter ce souci. Vous en aurez tant d'autres auxquels, à mon grand regret, je ne pourrai porter remède M » C'est ainsi qu'elle s'accusait toujours de faire trop peu. Un jour, envoyant un secours au Nouveau- Monde : « Plaignez-moi, écrivait- elle, de ne pouvoir vous donner autant que je le désirerais. Mais vous. Américaines, vous savez mieux que moi que la Californie n'est pas au Sacré-Cœur. »

Ainsi, en résumé, dans l'administration des affaires temporelles, élévation de sentiments, délicatesse, pauvreté, en môme temps que largeur, charité et magnanimité; dans la direction des âmes, douceur et fermeté; dans l'autorité, union à l'esprit de Jésus-Christ par la prière, à la croix de Jésus-Christ par l'immolation : tels sont les moyens et les principes par lesquels M"** Barat pourvoyait au gouvernement de son Institut.

Mais constituer, conserver, ce n'est pas toute la tàciie

i A M""^ (le Ki-rounrlz, 2.'î janv. IR'm.

* Lettre de M"" Cabagni, sup. à Beau vais, en 1864.

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