‹ Histoire de Madame BaratChapitre 232 sur 311 · SES CORRECTIONS ET RÉPRESSIONS · texte numérisé non relu

SES CORRECTIONS ET RÉPRESSIONS

du gouvernement. Il faut aussi parfois réprimer, corriger, réformer. C'était bien ce qui coûtait le plus à M""" Barat, mais elle savait le faire.

Saint Augustin demande qu'on procède par trois degrés dans la correction : l'avertissement, la réprimande puis la menace, s'il le faut^ C'était selon cette progression qu'agissait la charité de la mère générale.

D'abord elle avertissait. « L'amour est l'œil de l'âme, a dit le même docteur, et aimer, c'est voir. » M""® Barat écrivait à une supérieure : « Ah ! chère mère, sans doute c'est un grand défaut de croire le mal trop facilement et sans preuve ; mais combien c'est un mal plus grand de ne vouloir rien croire et do fermer les yeux'! » Pour elle, elle commençait à s'éclairer sur les faits qui lui étaient dénoncés. « Je n'écoute point les rapports, écrit-elle à une de ses filles, je vous ai même défendue autant que je l'ai pu ; je n'ai cédé que devant l'évidence des faits allégués contre votre mode de gouvernement. » Elle fait plus : elle envoie à une supérieure la liste des fautes dont on l'a chargée , et lui remet à ellemême sa propre cause en main : « Je vous connais mieux que personne , et je commence par vous dire que je ne crois rien de tout cela. Cependant je désire que vous me donniez un mot d'explication sur chacun de ces points, en rétablissant les choses dans la vérité, telle que vous la voyez à la lumière du Cœur humble de Jésus. Je sais qu'il vous en coûtera, parce que vous craignez tout ce qui ressemblerait à une discussio.: avec

1 « Nec tamen négligentes sitis in corrigendis vestris, monendo, docendo, horlando, terrendo, quibuscumque modis potestis agite. » (S. Aug. Serm. 88, n. 19.)

2 ConOans, 16 mai 1846.

voire première mère. Mais soyez tranquille, je connais voire cœur religieux, et je vous le demande comme un acte d'obéissance à votre mère qui vous aime*. »

Le plus souvent il arrivait que Tcxplication était une complète justification. Rien ne donnait plus de joie à M'"^ Barat. « Dites à votre Juliette, écrivait-elle à une supérieure de Poitiers, que son explication m'a fait du bien. Maintenant c'est une affaire oubliée, perdue dans la profondeur du Cœur de Jésus -Christ, qui peut seul comprendre et combler la profondeur de nos misères. Qu'il est donc bon de nous pardonner-! » Et dans une autre circonstance : « J'avais ressenti une mauvaise impression, il est vrai, ma chère fille, mais elle s'est effacée par notre explication mutuelle. Oh ! qu'il estdoux de n'avoir qu'un cœur et qu'une âme dans celui de Jésus! On se comprend au premier mot^ » Souvent même, prenant à son propre compte tous les torts, elle était la première à demander pardon : « Un jour, dit une de ses filles, étant venue à Paris pour m'ouvrir à ma mère des peines dont j'avais eu à souffrir dans une maison que je venais de quitter, cette vénérée mère, douloureusement émue, me dit: « Ma fille, c'est moi qui suis la cause de tant de souffrances. Pauvres enfants! j'aurais dû vous épargner ces épreuves, en tenant plus de compte des avertissements (|ui nrétaienl donnés. Je me fiais trop à moi-même; pardonnez-moi, mon enfant , et priez Dieu (ju'il me pardonne. C'est une douleur que je porterai jusfju'à la fin de ma vie^ »

t Recueil (le docuin., n. Ijfi, p. 'i i. a A M'»' Grosier. Turin, 22 nov. IKiG. 3 Paris, 2i j;inv. IM.'i'i.

* Tôin. (|i' M'"" AiiK'lii' Autran, ri. ^'l.

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