‹ Histoire de Madame BaratChapitre 233 sur 311 · CHARITÉ ET VIGUEUR DE SES CORRECTIONS · texte numérisé non relu

CHARITÉ ET VIGUEUR DE SES CORRECTIONS

Une fois assurée d'un tort quelconque de ses filles, jyjme Barafc le leur présentait sans fard. Les plus aimées étaient les plus reprises. Elle en donnait ce beau motif: « Si j'avais moins le désir de votre perfection, et si vous n'étiez pas une de mes plus chères filles, j'aurais passé cette misère sous silence, comme je le fais à quelques-unes, mais à vous, je ne puis: je tiens tant à ce que le divin Cœur puisse prendre ses complaisances dans votre fidélité. C'est peut-être de la vanité : je crois cependant que je regarde plus les intérêts du Cœur de Jésus que les miens. Mais, hélas! nous sommes tellement misérables, que je ne puis répondre de rien^ »

Les réprimandes de M^'^Barat étaient très-énergiques. A dire vrai, nous craignons de n'avoir pas fait suffisamment connaître ce côté de son caractère, en ne citant pas assez les fortes corrections qu'elle inflige à l'orgueil ou à la négligence dans le service de Dieu. Elle menace telle aspirante de ne pas l'admettre à la profession : « Je ne veux plus de demi-religieuses dans la Société ; il faut, si l'on y reste, s'y sanctifier, s'y sauver; autrement , il vaut mieux demeurer sans vœux, on est alors moins coupable. Réfléchissez-y, ma fille. Ah! si dans cette semaine sainte où nous méditons l'amour immense • d'un Dieu pour nous, soit dans l'institution de la divine Eucharistie , soit dans le mystère de la Croix , nous comprenions ce que nous lui devons de reconnaissance, voudrions-nous rendre inutiles tant de grâces?... Je m'arrête, c'est assez, je vais prier pour vous, ma fille, et espérer-. » Elle menace une supérieure de se

1 Paris, 12 juin 1832.

2 f.onflans, 10 avril 1846.

retirer d'elle, si elle ne l'écoute plus: « Il y a longtemps , chère mère , que je me suis aperçue que mes avertissements vous gênent et vous déplaisent. Je ne vous les fais cependant que dans le seul intérêt de votre maison et le vôtre, alin de vous former à un bon gouvernement. Eh bien ! peut-être un autre réussira mieux que moi. C'est ce qui m'a décidé à vous envoyer notre bonne mère Desmarquest, en me réservant pour d'autres. Je n'en serai pas moins occupée de votre famille, qui m'est chère, mais je me reposerai sur des soins plus assidus que ceux que je puis vous donner, et je me réserverai de beaucoup prier pour vousV »

Souvent M""^ Barat faisait venir auprès d'elle telle de ses filles qu'elle voulait corriger. Ayant reçu des plaintes sur une religieuse indisciplinée : « Profitez d'une occasion sûre pour me l'envoyer, faisait-elle savoir à sa supérieure , je l'interrogerai et je m'assurerai de la volonté de Dieu sur elle. Priez pour votre mère, afin que je ne suive pas le mouvement d'indignation que cette àme infidèle me cause. Pourquoi a-t-elle juré d'être à Jésus- Christ? Personne ne l'y contraignait. Oh! que nous sommes ingrats! » Les coupables, mandées ainsi par ^|mo i3arat, s'en retournaient d'auprès d'elle terrassées par sa force, reconquises par son amour; et l'une d'elles disait au sortir de sa chambre : « J"ai vu le ciel sur la terre; j'ai vu Notrc-Seigneur conversant parmi les hommes. »

De quelle main charitable M"**' Barat savait verser l'huile après le vin siii- les blessures qu'elle-même avait dû faire! La loçim une fois donnée, venait l'encourage-

1 CoDllaDs, 2*J Juin I8î0.

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