‹ Histoire de Madame BaratChapitre 239 sur 311 · CONSOLATIONS A JWADAME DE LA GRANDVILLE · texte numérisé non relu

CONSOLATIONS A JWADAME DE LA GRANDVILLE

aime à m'entendre parler de ma Caroline, ensuite il soupire : je comprends tout ce qu'il pense. Il prie pour sa chère fille avec une grande affection... Chaque fois que je lui parle de vous, il s'attendrit et lève les yeux au ciel. J'en fais autant, ma bonne Caroline , mais avec bien peu de profit pour vous. Ce bon et vénérable ami doit vous envoyer quelques mots d'encouragements » Il lui en envoya en effet qui la remplirent de courage. Si nous avions ces lettres du Père Varin, si surtout nous possédions celles que la comtesse adressait à ces deux confidents de son âme et de sa vie , nous n'y verrions pas seulement se dérouler un drame d'une poignante émotion , mais surtout nous y verrions quel baume salutaire la religion peut verser sur un des maux les plus cuisants qu'un foyer puisse cacher.

A elles seules , les lettres de M"*^ Barat à M""^ de la Grandville sont une belle suite d'instructions élevées et pratiques, à l'usage d'une jeune femme souffrante, méconnue, et, plus que tout cela, exposée dans le monde.

En effet, cette position n'était pas seulement pour elle une souffrance, c'était surtout un danger. Elle ne cherchait pas le monde, mais le monde la recherchait; son esprit, sa bonté, son grand et généreux cœur, un besoin naturel de compassion et d'expansion ,. enfin dans toute sa personne « un certain je ne sais quoi qui plaisait », comme M™° Barat le témoigne elle-même, attirait vers elle les plus ardents hommages, non sans inquiéter son cœur et troubler son repos. Quelle situation !

M"*® Barat l'avait comprise. Elle eût voulu d'abord se

1 Paris, 31 janv. et 10 avril 1820. — 6 mars 1821 et 26 nov. 1822.

rendre auprès de sa fille pour la conseiller : « Ma chère Caroline, que ne puis -je passer quelques heures avec vous! Que de choses nous aurions à nous dire! Que de réflexions tantôt tristes et tantôt consolantes, mais qui toutes finiraient par cette phrase chérie : « Que Dieu est bon^ ! » Ses lettres la remplacèrent ; et voici les deux remèdes que sa sagesse opposa aux périls de la jeune femme. Elle lui prescrivit d'abord le détachement du monde, qu'elle eût volontiers aimé : « Ah! ma chère Caroline, je pense quelquefois que vous êtes trop sensible aux choses de ce monde. Je le conçois, vous devez y vivre. Du moins, détachez-vous-en peu à peu, de manière toutefois que ceux qui vous entourent ne s'en aperçoivent pas^ » Par contre, elle lui demandait instamment de s'attacher à son nouveau foyer, à quelque prix que ce fût. « Dieu seul et votre devoir, c'est-à-dire votre seule famille, » telle est la devise qu'elle lui avait donnée. Elle lui recommandait conséquemment de préférer à toute autre résidence la demeure de ses nouveaux parents. Une occasion se présenta d'aller demeurer à Nancy, auprès de sa famille. Aux yeux de M"'*" de la Grandville, c'eût été une délivrance ; aux yeux de M""" Barat, c'eût été une désertion : « Nous préférons, lui ditelle, vous voir endurer un long et pénible martyre. Au moins il Unira avec votre vie , et il est à présumer qu'il vous sanctifiera. Dieu, qui voit jusqu'où vous portez votre sacrifice , vous soutiendra, et il ne permettra pas que votre àme se perde, puiscjue c'est pour son amour que vous voulez souflVir^ »

« Paris, 22 mai 1S2I.

2 Grenoble, 17 mars 1823.

3 Paris, 27 déc. 1823.

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