ENCOURAGEMENTS A MADAME DE LA GRANDVILLE
avait soif : « Il y a longtemps, ma fille, que je demande au Seigneur qu'il vous lasse de tout ce qui n'est pas Lui, et qu'il vous fasse la grâce de ne trouver de bonheur et de paix qu'en Lui et pour Lui, selon cette parole de saint Augustin : Fecistinos ad te, Deus, et irrequietum est cor nosirum donec requiescat in te'^ ! Vous comprenez ce beau passage d'un saint que vous aimez et dont vous avez le cœur^ »
Enfin, au-dessus de ces champs de bataille intérieurs où elle avait à soutenir de si rudes assauts contre le monde et contre elle-même, sa mère spirituelle lui montrait Jésus spectateur du combat et rémunérateur de la victoire. « Ayez courage, ma fille, et ce Dieu de bonté aura pitié de vous. Ah ! si vos amis vous plaignent et s'attendrissent sur votre position , que ne fera pas pour vous le Cœur si tendre et si compatissant de Jésus- Christ! Aimez -le par- dessus toute créature; craignez de lui déplaire : voilà toute la loi pour vous ^ »
Quand une âme est ainsi ou tentée ou séduite par ce que Bossuet appelle « le charme de sentir », il y a d'ordinaire trois voix que Dieu fait entendre pour la rappeler à Lui. C'est d'abord la voix du cœur, qui crie que Dieu seul est aimable, et que tout le reste est impuissant à nous satisfaire. C'est ensuite la voix déchirante de la conscience, qui crie que Dieu seul est le bien, et que le reste est souvent le mal. Enfin c'est la voix funèbre de la douleur ou de la mort, qui , à chaque coup qu'elle frappe , nous répète que Dieu
1 « Vous nous avez faits pour vous, à mon Dieu, et noire cœur est sans repos jusqu'à ce qu'il se repose en vous. »
2 Paris, 3 mars 182b.
seul esl l'ùtre infini, élernel, et que le reste est caduc, misérable, néant. Ces voix qui convertissent ou qui avertissent, et ces coups qui guérissent, Dieu les Taisait retentir à Tâme de M'"'' de la Grandville par les lettres maternelles de M*"^ Barat.
Elle s'adressait donc premièrement à son cœur : elle lui montrait en Jésus la grande, l'unique beauté. Elle lui répétait en 1832 : « Vous avez donc encore, à votre âge, à lutter contre ces dons de la nature qui , malgré vous, détournent quelques âmes du souverain bien. Ah! si elles pensaient seulement que ces dons que Dieu vous a faits ne sont qu'un petit grain de ses perfections, combien elles trouveraient ce grand Dieu plus excellent! C'est alors qu'elles l'aimeraient avec autant d'ardeur que la créature M » Et dans une lettre postérieure : « Allons, maintenant que l'âge a calmé vos affections, tournez- vous tout à fait vers le souverain bien , et que les créatures ne vous soient plus un obstacle pour atteindre le noble et grand but, mais plutôt qu'elles soient comme autant de degrés pour vous y élever. C'est ainsi que le Créateur l'a voulu, en vous donnant tant de dons et de moyens d'attirer vers lui*. »
Elle parlait à sa conscience; elle lui disait : « Étrange position que la vôtre! vous devenez, sans le vouloii-, un piège pour une foule d'âmes qui cherchent avidement le bonheur, et que l'attrait de la vertu attire. Comme elle doit èlro pure et austère chez vous ! » Alors elle lui montrait le péril et son ronièd»' : « Vous êtes trop cxpansive; vous avez un abandon, un nalurt^l qui
1 Turin, 11 juillet 1832.
2 Home, l.'i inara tXW.