DIRECTION DE MADAME DE LA GRANDVILLE
charment; cachez aux yeux des hommes ces qualités si attachantes que l'être le plus vertueux s'y laisse prendre malgré lui. Il est temps , ma chère fille , que vous preniez une tenue et une manière d'être qui s'accorde mieux avec votre âme si droite, si pure, si délicate. Donnez votre cœur à Dieu, et n'aimez que pour lui ceux que vous devez aimer... Soyez prudente, courageuse, ferme comme le rocher immobile au milieu d'une mer orageuse ^ Éloignez les occasions, ne comptez pas sur l'âge, mais sur la force de Dieu... C'est Dieu seul que vous voulez, repoussez tout dédommagement de la part de la créature^ » Enfin, à ce^ conseils et à une foule d'autres, elle joignait les avis des plus saints personnages ecclésiastiques, M^''de Quélen, M^ Lambruschini, le Père Rozaven ; prescrivant des règles sévères avec une autorité que son affection faisait accepter par avance : « Je dois, lui disait-elle, ces conseils à votre confiance en votre meilleure amie^ » Il n'y avait pour elle qu'une manière d'aimer une âme : c'était de la sauver !
Enfin, la voix de la douleur, la voix du néantdelavie parlait d'un autre côté, et c'était M""^ Barat qui se faisait l'interprète de ces rudes leçons. Le marquis deDeaufîort, ce père que Caroline regardait comme son soutien, elle le vit cloué irrémédiablement sur un lit de souffrances: « Que je vous plains, ma fille, écrit M""^ Barat; et d'un autre côté que de grâces Dieu répand sur votre pieux malade! Il reçoit la récompense de sa vertueuse vie. Ah! ma fille, n'enviez pas à votre père le bonheur qui le
1 Paris, 27 fév. 1827. — 30 nov. 1825. — /» juillet et 12 sept. 1820, etc.
2 Rome, 15 mars 1838.
3 Paris, 13 avril 183G.
couronnera bientôt. Soumettez- vous, et restez encore sur cette terre pour faire revivre dans votre famille les vertus de ce père chérie » A la mort de cet homme de bien, M'"" Barat reprend: « Ma chère fille (car vous l'êtes davantage maintenant que votre père est au ciel), songez que cette séparation ne sera pas de longue durée. Quelques années encore, et vous serez réunie à l'objet de votre tendresse. Croyez que cet espace sera bientôt franchi; vous êtes à la porte, car que sont les siècles à côté de rélernité - ? »
A quelques années de là, la comtesse perd sa sœur : « J'ai appris à Turin la perte douloureuse et inattendue de votre sœur Pauline. J'ai la confiance que Dieu l'a reçue dans ses tabernacles éternels... C'est vous qui la remplacerez auprès de ses enfants, qui sont maintenant les vôtres. Ah! demandez bien à Dieu son saint Esprit pour les élever dans sa crainte et son amour; c'est tout l'homme, le reste n'est rien^ »
Plus tard c'est son beau -père que la comtesse voit expirer : « Quel vide , ma Caroline, cette mort fera autour de vous! Seule avec son fils, vous sentirez encore plus tout ce qui liii manque. Mais, en héroïne chrétienne, vous le supporterez avec encore plus de douceur et de patience que par le passé. Vous lui remjtlacerez son père; et désormais votre fortune se trouvant augmentée, votre jouissance sera de l'employer à faire plus de bien. Ce sera une compensation digne de votre cœur'! »
1 Taris, 2i) sepl. 1NJ7.
2 Paris, L'7 ocl. 1827.
3 Home, 15 .léc. 1832.
* Komc, 21 J8nv. 1M'»0.