FIN DE MADAME DE LA GRANDVILLE S
de votre zèle, la couronne de vos combats, et, comme la femme forte, vous rirez quand viendra pour vous ce dernier moments »
M"'^ de la Grandville ne survécut que quatre mois à la mère Barat. Elle mourut doucement , saintement , consolée à sa dernière heure par la bénédiction de Pie IX, dont elle avait largement soulagé la détresse , heureuse d'aller rejoindre sa sainte amie dans le ciel -.
Mais dans ce premier exemple de direction spirituelle, il faut avouer qu'ici la mère et la fille étaient dignes l'une de l'autre. Considérons maintenant la servante de Dieu en présence d'une autre âme qui forme avec la première un effrayant contraste. C'est dans la conduite de cette âme, si entièrement différente de l'autre, c'est dans la culture persévérante, infatigable d'un sol ingrat, desséché par l'orgueil, ravagé par les passions, et où l'ivraie repousse sous la main qui l'arrache, que nous apparaîtra l'héroïsme de la patience de la mère Barat.
Dans le courant de l'année 1842, une jeune fille qui paraissait avoir de seize à dix-huit ans fut rencontrée sur une route, aux environs de Valence, par deux femmes qui, n'entendant pas son langage , crurent cependant comprendre qu'elle venait de Marseille, et prièrent un batelier de la ramener dans cette ville. Mais là non plus personne ne l'avait jamais connue ni ne comprenait ce qu'elle disait. Son extérieur, ses habitudes, ses traits presque masculins, les lignes de sa face aux pommettes saillantes, semblaient indiquer l'enfant d'une de ces races nomades qui nous viennent de la Bussic
1 Paris, 22 juin 1860.
2 V. Notice sur M™» de la Granclvilie,. in-S" de 40 pages. Lefoil 1867.
orientale ou des montagnes de la Bohême. La police fit des recherches qui n'aboutirent à rien; l'opinion s'en émut ; les journaux s'emparèrent du fait pour l'embellir ; une comtesse russe , croyant trouver dans cette jeune fille une compatriote, fit exprès le voyage de Paris' à Marseille pour s'en assurer. Mais elle non plus ne comprit rien au langage de l'inconnue ; et elle allait repartir, quand celle-ci s'attacha à ses vêtements avec une insis' tance si suppliante que la comtesse consentit à l'emmener à Paris. Là elle la présenta aux dames du Sacré-Coiur, s'ofi"rit de payer sa pension et la fit recevoir dans l'établissement.
L'étrangère apprit le français ; on l'instruisit des premières vérités de la religion : elle ne savait pas même l'existence de Dieu. On lui conféra le baptême, la confirmation; on l'admit à faire sa première communion le 17 de mai 1844, Pendant ce temps, sa protectrice faisait de toutes parts des recherches pour découvrir la famille de l'infortunée. Elle n'y parvint pas; alors soupçonnant sans doule que les indications fournies par sa protégée n'étaient pas fort sincères, elle finit par déclarer qu'elle lui relirait son assistance, et elle ne la revit plus.
C'est surtout à partir de cette époque que la charité de M""" liarat s'attacha à cette abandonnée de toute l'énergie d'un dévouement que rien d'humain n'encourageait; car d'effroyables abîmes de perversion s'étaient bientôt révélés dans celle nature sauvage. La mémoire était riche, l'imagination impétueuse, mais la raison (■'tait courte, le caractère faux, le cœur égoïste et bas. Grâce à la vigilance, aux prières, aux rouKinlranccs de M'"" r.aral, ses mœurs restèrent pures, mais (picls ins-