JULIA EN AMÉRIQUE, A CONFLANS
farouche; mais elle ne fut payée de ses soins que par l'insolence et la calomnie : « C'est donc lorsqu'on vous donne plus de marques d'attachement que vous nous traitez ainsi, écrit M""" Barat... Ma pauvre Julia, votre orgueil vous perdra... Hélas! mon enfant, vous ne comprenez pas tout ce qu'on fait pour vous. Jamais nous ne l'avons fait pour nos parents, même mes nièces dans leur jeunesse. )> L'infortunée a fmi par lasser tout le monde, sauf 1\I""' Barat. Celle-ci la relève encore, la comble de présents, lui envoie en cachette, aujourd'hui une robe, demain un beau chapeau, bientôt une montre en or. Il faut lui ouvrir le cœur pour le tourner vers Dieu. « Je vous pardonne de toute mon âme, car je vous aime plus pour vous que pour moi! » Puis reviennent sans cesse les deux noms vainqueurs de Jésus et de Marie : « Votre petit bouquet de violettes orne ma sainte Vierge. Puisse ]\Iarie obtenir à ma fille Julia la vertu d'humilité dont cette fleur est l'emblème. Vous serez heureuse alors, je le serai avec vous, Jésus nous exaucera. J'espère qu'enfin vous l'aimerez; il vous a fait tant de bien M »
Qu'allait devenir cette jeune fille? « Je suis vieille. Après moi, qui aura soin de vous? » lui écrivait M"'® Barat. Elle lui trouva, moyennant une pension de huit cents francs qu'elle lui servait par trimestre, une honnête position qui lui eût permis de vivre de son travail de peinture, de dessin et de broderies. Mais la pauvre nomade n'aimait pas le travail, et d'ailleurs elle ne pouvait se fixer nulle part.
Nous renonçons à la suivre dans ses divers séjours à
1 Paris, 20 fév. 1856.
rn6 HISTOIRE DE MADAME IJARAT
Paris, à Versailles, à Tours, à Besançon, d'où elle revenait chercher invariablement clans le sein de sa patiente mère le baume à ses blessures et le pardon de ses fautes. Mais ce qui, dans cette période, domine tout le reste, c'est la sollicitude inquiète de M"'" Barat pour rame de sa fille abandonnée à elle-même et si effroyablement exposée dans le monde! Elle lui dresse son plan de conduite : la prière, le travail, la confession, la communion tous les huit à dix jours; la méditation le matin, une lecture pieuse le soir; surtout la vie retirée, le choix de ses amies, la fuite des hommes. Malgré ces avis renouvelés, à quels périls ne s'expose pas cette tête mal faite! M'"° Barat en frémit : « Vous n'avez qu'un bien sur la terre, c'est l'honneur. Vous perdrez ce bien précieux si vous restez où vous êtes... » L'amour de la toilette envahit Julia; cette montre qu'elle avait rci^ue en présent de sa sainte mère, « elle s'en défait pour payer une parure de bal qui fatigue le corps et encore plus la conscience, » c'est l'expression de sa mère. Bientôt Dieu est oublié : plus d'exercices de piété, plus de sacrements. « Quelle vie, quand il faudra en rendre compte au souverain Juge! » s'écrie M""' Barat. Elle menace de lui retirer sa pension, elle ne sera plus sa mère; et déjà, en écrivant, clic s'abstient d'en prendre le titre. Julia s'irrite alors, elle répond en adressant à sa bienfaitrice des lettres telles « que jamais, dans le cours de sa longue vie. M""" Barat n'en a reçu de semblables», llnlin tout semble rompu.
Mais avec le besoin l'enfant prodigue commence à sentir le remords. A ce premier symptôme, .M"" Barat rappelle Julia à Conflans pour lui j^ardonner cl la réconcilier dans une salutaire reliaite : « Ma chcro Julia,