‹ Histoire de Madame BaratChapitre 248 sur 311 · JULIA DANS LE MONDE · texte numérisé non relu

JULIA DANS LE MONDE

il faut VOUS sauver enfin. Si vous continuez à mener cette vie sans gêne et presque oiseuse, vous compromettez votre éternité... Il est temps de réparer... Vous avez fait des efforts ; il faut les soutenir, y persévérer, et marcher maintenant de vertus en .vertus. On n'est pas chrétienne autrement. C'est à ce prix que nous gagnerons le ciel. La vie est courte, mais l'éternité est si longue. Consolez-vous donc par l'espoir de nous revoir si vous êtes fidèle ^ »

Ce fut en l'année suivante, 1860, que Julia fut mariée. A cette époque M""® Barat était, comme elle le disait, « consolée et satisfaite de ses dispositions sous tous les rapports. » La vénérable mère ne négocia pas cette alliance, comme quelques-uns l'ont dit; la responsabilité ne lui en incombe pas, mais ayant reçu la visite du prétendant à Paris, elle en fut charmée : « Je suis de plus en plus convaincue que la divine providence a présidé à ce choix, chère Julia, écrivit-elle; il présente toutes les garanties du bonheur que je vous désirais depuis longtemps. En effet, j'approche de ma fin, et supposé que le père du mensonge ait dit vrai, cinq ans ne sont rien^ et j'aurais emporté dans la tombe quelque inquiétude sur votre avenir, si de mon vivant vous n'eussiez été fixée. Maintenant je suis tranquille, vous aurez un guide, un appui; et ses pieux principes, joints à la pratique de ses devoirs en tout genre, me donnent pleine sécurité. Vous serez donc heureuse, autant que

1 Paris, 3 oct., 22 nov., 25 déc. 18u9.

2 Cette ligne fait allusion à une prédiction faite par une bohémienne au sujet de M™« Barat tout enfanta Joigny : « Voyez-vous celle petite, elle jouera un jour un grand rôle dans le monde, et elle vivra jusqu'à rage de qualre-vingl-cinq ans. » M"" Barat, devenue vieille, rappelait quelquefois celte singulière annonce, qui se vérifia si exactement.

cela se peut en ce monde, et vous vous sauverez^ » Cette espérance ne fait que croître dans les lettres suivantes. L'action de grâces se mêlait déjà à d'admirables conseils qu'il faudrait pouvoir redire. Le jour du mariage, elle communiait et envoyait sa bénédiction à ceux qu'elle appelait déjà « ses deux enfants ».

M"'° Barat se croyait au terme de son œuvre; hélas! elle n'eut jamais une tâche plus lourde!

Pendant les cinq années qu'elle vécut encore, une de ses plus rudes croix fut de voir la lamentable disparate du ménage qu'elle venait d'établir. D'un côté, l'honnêteté, la religion, l'indulgence, l'infatigable bonté, le courage persévérant d'un homme trop généreux, luttant contre le sort pour conquérir et assurer le bonheur de son épouse. De l'autre, l'incurie, l'orgueil, l'emportement, la légèreté; faut-il le dire? l'ivrognerie d'une femme indigne de ce nom, apportant bientôt la gène, les larmes, les violences, presque le déshonneur à un foyer rendu malheureux par ses fautes... La douleur de jyjme Barat éclate partout, dans des lignes semblables à celles-ci : « Que vous m'avez fait cruellement souffrir! mon cœur est percé d'une blessure qui saigne encore, et qui le brise chaque fois que ma pensée se dirige vers vous, ce qui est fréquent; j'avais une si grande habitude de m'occuper de vous-! »

Elle ne s'en tient pas là. Dans une correspondance plus suivie que jamais, elle s'acharne à cette âme, la démasque, la menace, l'éclairé, la dirige, la conjure, la retient jiour l'empêcher de tomber dans ce précipice béant, dont elle lui montre le fond, au flambeau do la

1 Paris, 7 juin 186(1.

2 Paris, 17 se|.l. 1^01.

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