SES DERNIÈRES SOLLICITUDES POUR JULIA
foi : « Je désire ardemment que vous soyez heureuse , mais vos passions vous perdent, ma pauvre Julia! Mais d'où sortez-vous donc ? Quoi donc ! les années passées au Sacré-Cœur, où vous avez reçu tant de soins et tant de grâces, n'auront produit que ces tristes et honteux résultats! Ah! quel déshonneur et pour vous et pour nous! Qu'allez-vous devenir? Vous mourrez, Julia; et votre éternité que sera-t-elle? Comme votre vie^ »
Alors M""' Barat feint de se retirer; « mais, comme elle l'explique elle-même, en imitant le bon Dieu, qui, contraint de s'éloigner d'une âme qui le chasse, continue à la plaindre, à lui faire du bien, et à espérer son retour. » L'ingrate, en effet, s'étonne de tant de bontés, s'effraye de ces menaces, recule devant cet abîme. C'est alors que M""" Barat lui tend de nouveau la main, la reçoit dans ses bras, l'appelle encore sa fille, lui ouvre le Sacré-Cœur pour la réconcilier, et la remet dans la voie où elle continue de la soutenir. Telle est l'histoire plusieurs fois répétée de ces cinq ans : M"''' Barat eut pardonné septante fois sept fois.
Peu de jours avant sa mort, le 28 avril 1865, elle lui fit cet adieu : « Je désire encore vous revoir en ce monde , mais ce sera sans doute pour la dernière fois , car j'approche du terme; la vie semble m'échapper sensiblement... Vous êtes jeune, au contraire; mais n'oubliez pas que la carrière la plus longue n'est qu'un instant, en regard de l'éternité. Oh! quelle folie ce serait de la sacrifier à de fausses jouissances!... Vous m'avez assurée que vous étiez corrigée, mais veillez de près sur vous pour ne plus retomber. Oh ! non, un re-
1 Pans, 3 el 12 avril 1862.
560 HISTOIKK DE MADAMK liAHAT
gard au ciel , que vous risquez de perdre, un souvenir de voire mère vous arrêteront, ma chère fdle, sur le bord de l'abîme... Adieu, chère Julia, vous me serez toujours plus chère si vous êtes fidèle ! »
Julia survécut seulement sept années à la mère Barat : elle mourut en septembre 1872. Sa sainte protectrice avait laissé près d'elle un véritable apôtre dans le mari chrétien que le ciel lui avait donné; et lui-même témoignait que, dans les entretiens qu'il eut avec cette mère, il reçut une sorte de participation de son zèle et de son dévouement pour le salut de cette àme. Grâce à lui, la fm de Julia fut consolante. Dès qu'elle se sut en danger, elle fit une confession générale de toute sa vie, reçut les sacrements et mourut dans le sein de la miséricorde. C'était la brebis, poursuivie par le bon Pasteur, rapportée sur ses épaules, rendue enfin au bercail; et ce jour-là, dans le ciel, il dut y avoir pour M'"" Barat plus de joie sur le retour de cette pauvre égarée, que sur le salut de tant de brebis fidèles de sa grande bergerie, qui n'avaient pas besoin de pénitence.
Notre tâche est près de s'achever; nous entrons dans la période de la Consommation. Consommation des souffrances de iM""' Barat par de nouvelles persécutions en Italie ; consommation de son œuvre par le huitième Conseil général de l'Ordre; consommation de sa sainteté par un amour croissant do Dieu et du prochain; enfin, consommation de sa vie par une sainte mort: tel est le sujet du dernier livre de cotle histoire.