‹ Histoire de Madame BaratChapitre 25 sur 311 · SA RETRAITE SPIRITUELLE · texte numérisé non relu

SA RETRAITE SPIRITUELLE

davantage de rester dans un misérable médiocre que de se donner à Dieu. Au lieu de nager entre deux eaux, ce qui est à la fois dangereux et pénible, hâtons-nous de prendre le cours de Teau. Une fois dans le courant, l'Esprit- Saint nous poussera et nous arriverons plus sûrement au port'. »

A cette même époque, le bienheureux port de l'éternité venait de recevoir plusieurs de ses plus chères filles. Elle pleurait d'abord M"''' Louise de Varax, expirée à Paris, au commencement de l'année, et qui, pendant les troubles de la Révolution, avait porté courageusement, sur ses frôles épaules, le poids du pensionnat. Puis c'était la mère du Chastaignier, une des premières recrues de la maison des Feuillants , nature toujours vive , qu'elle n'avait cessé de rappeler au recueillement céleste du soir de la vie. Bientôt après, elle perdit la mère Lydie Chobelet, dans laquelle elle se plaisait à reconnaître « une des plus belles âmes et des plus humbles qu'elle eût connues ». Ces morts avertissaient la supérieure elle-même de la fuite du temps. Elle écrivait : « Ah! avec tant de croix, comme la vie s'écoule rapidement! Je ne puis en revenir. Il me semble, en vérité, que je me couche à tout moment, tant la journée passe vite. C'est ainsi que jour par jour nous atteignons le terme ! » — Et dans une autre lettre : « Il y a plus de cinquante ans que j'existe, que je pense. Eh bien! ce demi-siècle s'est évanoui comme un songe; ce qui reste fuira de même. » — Là-dessus, s'encourageant à ne regarder que le ciel et l'éternité : « Est-ce donc bien la peine de faire cas de l'auberge où nous ne

' A M'"" É. Giraud. Turin, 22 aoû(.

faisons que poser le pied en passant, au lieu de nous préparer une demeure bonne et belle, fût-ce aux dépens de celle-ci ' ? »

On devine de quel regard une âme placée si haut devait considérer les agitations de la patrie terrestre. C'était le regard compatissant, mais tranquille, du voyageur qui , placé sur la cime d'une montagne , voit passer les nuages et l'orage sous ses pieds. Elle venait, à cette époque, d'apprendre, presque en même temps, la chevaleresque levée d'armes des royalistes de l'Ouest, l'héroïque combat du château de la Pénissière, et la sanglante affaire du cloître de Saint-Méry. « Ah! pourquoi, s'écriait-elle, nos frères, qui vivent ?i peu de temps, ont- ils la fureur d'abréger une vie si courte! Prions pour eux afin qu'ils désirent la paix, et surtout ce qui la donne : les vertus chrétiennes dont ils sont si loin^! » — Des prières, des larmes, c'était l'unique réponse de l'épouse de Jésus- Christ à nos cris de discorde : « Et les anges de la paix pleureront amèrement, » avait dit le prophète ^

Surtout de quelle pitié ce cœur éclairé d'en haut ne se sentait-il pas pris, à la vue de cette race éternellement renaissante de politiques d'expédients, qui rêvaient de refaire l'ordre et la société sans Dieu : « L'aveuglement, écrivait-elle à son neveu Stanislas, au sortir de sa retraite, s'empare des gouvernants. C'est Dieu, et Dieu seul, qui peut nous tirer de là; encore si on le priait! si on reconnaissait le besoin qu'on a de lui! Mais, hélas! non. L'orgueil lient lieu de tout dans

1 A M'"« Grosii.T, 17 mars cl 1"> aoi'it. A M. Steui. ihisaiissoy, 0 juillol. - Turin, 13 juin.

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