‹ Histoire de Madame BaratChapitre 26 sur 311 · LUMIÈRES ET FRUITS DE SA RETRAITE · texte numérisé non relu

LUMIÈRES ET FRUITS DE SA RETRAITE

ce siècle! Quel réveil se prépare pour ces capacités, qui ne sont telles qu'à leurs yeux! Leur sagesse n'est que folie, car c'est une vraie folie de prétendre se passer de Celui qui nous a créés, et qui tient notre destinée entre ses mains. Soyez donc, mon ami, du petit nombre des sages; craignez et aimez par- dessus tout Celui de qui nous attendons la félicité éternelle. On est trop malheureux dans ce monde pour s'y attachera »

Entre les deux politiques, dont l'une crie : « En avant! » et l'autre : « En arrière! » il y en a une troisième et meilleure qui dit : « En haut! » C'est la politique des saints : c'était la politique de M'"° Barat.

Mais voici quel fut le fruit le plus particulier de cette retraite et du séjour de cette sainte mère à Turin. Il y avait plusieurs mois qu'elle méditait un projet dont elle faisait l'objet d'une menace aimable à M""" de Limminghe : « Prenez garde, lui disait-elle, à ce que je vous prépare, ce ne sera pas une petite charge; mais avec de la vertu, l'épreuve deviendra plus facile. Pour moi, j'en souris d'avance; ainsi n'ayez pas peur, n'y pensez même pas : ce sera notre secret -. » Ce secret, le temps était venu de le faire connaître. M""^ Barat déclara donc à son amie que, souffrant d'être obligée de commander à tout le monde, sans avoir à obéir, elle avait résolu de se mettre sous sa dépendance, pour tout ce qui concernait sa conduite privée. L'obéissance était une des vertus les plus chères à M""® Barat, comme étant une des formes de l'humilité et de la charité. « Soyez obéissante jusqu'à la folie, écrivait- elle peu de temps

1 A Eoa neveu ttanislas, Turin , 4 aoû.l 1832.

2 Aviçrnon, 2 mni ■\><^2.

auparavant à une de ses filles. Laissez-vous attacher par ce clou à la croix. Il vous unira plus sûrement à Jésus- Christ que tous les autres liens ^ » Il fut donc convenu qu'elle ne ferait aucune démarche, dans sa conduite personnelle, sans la permission de M""" de Limminghe. « Lorsque je suis dans le doute, lui faisait -elle savoir quelque temps après, je vous consulte, je crois vous entendre, et je vais. » — « Je fais tout ce que vous désirez : oraison, repos et le reste, lui disait-elle encore. Je tâche de manger, de dormir; et je le fais raisonnablement. Soyez donc tranquille ^ » Elle se promit secrètement d'emmener avec elle sa chère directrice , dans ses prochains voyages, afin que son obéissance fût de tous les instants.

Une vertu si généreuse avait beau vouloir s'effacer, elle transpirait au dehors. M""" Barat était l'objet d'une sorte de culte pour la marquise de Barol , type de charité, désormais historique, dont la mère générale elle-même ne parlait qu'avec admiration. La reine Marie -Thérèse, la duchesse de Lucques, qui fut plus tard mariée à Charles II de Parme, la jeune Christine de Savoie, qui devait bientôt porter, sur le trône de Naples, les vertus d'une sainte ^ venaient aussi s'édifier auprès de la servante de Dieu.

Dans tout le pays, sa réputation de sainteté et de sagesse était si bien établie, (ju'un jour, vers le milieu d'août, le seigneur et le curé d'un village voisin lui adressèrent une fille de vingt- cinq ans qui, disait-on, était dans des voies extraordinaires. Elle ne mangeait

1 A la more Graiiuii, 17 dt-ceiiiltro lUM.

2 De Home, 17, 10 mara 1833.

a Mario-Clirislinc i\o Savoie est déclarée Vénérable.

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