LA PERSÉCUTION EN ITALIE
Lorsque M"^ Barat prononçait ces paroles , il y avait dix jours qu'on venait de signer la paix de Villafranca : l'acte qui donnait au roi de Sardaigne l'Italie depuis le Tessin jusqu'au Mincio fut, à Milan, le signal delà persécution; et le Sacré-Cœur eut l'honneur des premières attaques.
Le prétexte dont on s'arma pour le rendre odieux dans cette ville fut encore une fois son attachement à l'Autriche et sa reconnaissance envers les anciens maîtres delaLombardie. Cependant, depuis longtemps, la prudente mère générale s'efforçait d'écarter l'ombre même d'un motif à cette imputation, comme on le voit par ces lignes à la supérieure : « De grâce, n'appelez pas les allemandes à Milan... Vous ne vous ferez jamais l'idée de l'opposition qui règne entre ces deux nations : ce n'est qu'à la longue qu'on peut les réunir'. »
La supérieure de la communauté de Milan était M™^ de Limminghe. Aux premières tracasseries qu'elle eut à supporter, M™* Barat lui écrivit de leur opposer la prière et la confiance en Dieu. « Mon pauvre cœur est habituellement serré par les sollicitudes que votre situation soulève à tous les instants. Ah ! que je partage vivement vos douleurs, et avec quelle ferveur nous pi'ions toutes pour vous! Pourtant j'espère qu'on vous laissera dans votre maison ^ » La situation devenant de plus en plus grave, le sentiment de l'abandon à la volonté de Dieu croissait en proportion chez la mère générale : « Vivons au jour le jour dans l'acceptation du bon plaisir de Dieu , et une confiance sans bornes en ses miséri-
1 Paris, 11 mars 18o7.
2 Paris, 1" mai 1859.
cordes. Ah! qu'il y a à souffrir dans ce monde ! et que de motifs de désirer le ciel!... Pourtant, ma fille, faites votre possible pour n'y parvenir que le plus tard possible. Soyons comme les braves militaires qui se réjouissent de n'avoir pas été atteints dans une première bataille, afin de pouvoir encore m battre le lendemain'. » Enfin quelques jours après : « Je vais prier de toutes mes forces pour que Jésus vous soutienne, vous fortifie. Ah! si vous vouliez aller au plus parfait, vous garderiez la paix, clouée sur votre dure croix. Jésus demeura dans cet abandon jusqu'à la fin, et il put dire bientôt après : In pace in idipsum donniam et requiescam^ . »
Cependant il y avait un an que la maison du Sacré- Cœur tenait contre l'orage, lorsqu'au milieu de mars 18G0, un vote des assemblées ayant sanctionné l'annexion des Romagnes aux Étals du Piémont, Milan célébra cet événement par des fêtes publiques et des illuminations éclatantes. Le Sacré-Cœur refusa d'illuminer sa demeure en l'honneur d'un acte qui était une indigne spoliation du pape. Ce fut le signal d'une émeute. Le IG mars, en la fête des Cinq-Plaies de Notre-Seigncur, la maison fut assaillie par une mullitude de (juatre ou cinc] cents personnes qui se livrèrent pendant trois heures à d'inqualifiables violences, sans qu'aucune autorité civile ou militaire songeât à empocher celte lâche agression.
l)i.\ jours après, les mêmes violences se rcnouvc-
t Paris, 13 mai 1K5'.». ■• .le m'eDdoriiiirai liaiis la paix, cl trouverai en lui mon re|i08. >. (ps. iv, 9.) s Paris, IG mai 18!i'J.