‹ Histoire de Madame BaratChapitre 252 sur 311 · PROSCRIPTION DU SACRÉ -COKUR A MILAN · texte numérisé non relu

PROSCRIPTION DU SACRÉ -COKUR A MILAN

lèrent, mais celte fois plus menaçantes et plus brutales encore : on força les portes, on fit voler en éclats les fenêtres et les persiennes, en vociférant des menaces d'incendie et de mort. Le j)oste n'était plus tenable : les parents furent prévenus de venir reprendre leurs enfants. M™^ Barat voulut que la supérieure restât la dernière sur la brèche : « Vous devez absolument demeurer oi!i vous êtes, afin de défendre vos droits et votre propriété, » lui écrivit- elle. Et quelques jours après : « Maintenant que vous avez dû tout connaître et prévoir ce qui vous reste à iconclure , préparez votre départ, et venez vous reposer auprès de votre mère^ » Le 13 mai 1860, M""^ de Limminghe quittait pour toujours sa fondation de Milan. « C'était, disent les Lettres annuelles, en la fête de Notre-Dame des Martyrs, et au jour anniversaire de la naissance du Saint-Père, pour l'amour duquel nous avions le bonheur de souffrir 2. »

La révolution gagnait. En même temps que les Romagnes se séparaient du Pape, les duchés de Parme et de Modène étaient en train de chasser leurs princes pour se jeter dans les bras toujours ouverts du Piémont. Le Sacré-Cœur, que nous avons vu déjà expulsé de Parme en 1848, y avait été rétabli par la pieuse veuve de Charles III, M""' Louise-Marie-Thérèse de Bourbon. A la première menace des événements politiques, la princesse s'habitua à venir chercher un refuge dans la chapelle du Sacré-Cœur. Elle traversait pour s'y

1 Paris, 28 avril et 4 mai 1860.

2 Lettres annuelles, 1829-1862, p. 332. Le pape, en louant leur courage, ajouta spiril.uellemenl : » Vous aviez refusé d'illuminer; ils ne pouvaient pas manquer de vous taxer d'obscurantisme. »

o58 HISTOIRE DE MADAME BARAT

rendre les longs corridors, où les Laborini, vendus aux Piémontais , faisaient une garde mal sûre. « Si Dieu est avec nous, qui sera contre nous? » disait-elle. Le jeudi saint, 22 avril, entourée du prince son fils et et des princesses ses filles, elle prononça à haute voix, devant le Tabernacle, un acte admirable, qui semblait un écho du testament de Louis XVI*. A quelques jours de là, la princesse dut prendre la fuite une première fois. Rappelée bientôt par son peuple qui l'aimait, elle fut contrainte, peu après, de se retirer en Suisse.

j^jmc garât néanmoins ne voulut pas que le Sacré-Cœur abandonnât la place. Voici ce qu'elle écrivit à la supérieure, M'"*' de Gurzon : « Tant qu'on ne vous renverra pas, je crois qu'il faut demeurer oiî la Providence vous a appelée, pour y faire le petit bien qui vous sera permis, en vous occupant des pauvres. Ouvrez vos classes gratuites pour les petites du peuple; instruisez les jeunes filles des quartiers environnants, en leur montrant à travailler ; car il faut opérer tout le bien que l'on peut. La vie est si courte! selon cette parole de notre divin Maître : Travaillez pendant qu'il fait jour, car la nuit 0)i ne peut rien faire. Dévouez-vous également aux pauvres et aux riches; priez afin que tous les inlérèls s'accordent, et que tout se pacifie. Du reste , vous le savez, nous devons être partout et devant tous des anges de paix, ne nous mêlant pas de politique, et toujours disposées à secourir ceux qui soufi'rent, si nous en avons los moyens*. » En effet, des classes de pauvres s'ouvrirent aussitôt, et elles comptaient déjà soixante-dix enfants, (juand l'ingérence Iracassièrc du gouvernement enleva au Sacré-

t Ueliilion par M"" ï^nppey, p. 27 el suiv. a l'aris, 7 ocl., Il ocL, \ nov. 1859.

PROSCRIPTION Df SACRÉ-COEUR A PARME 569

Cœur cette dernière ressource de sa charité. « Notre maison de Parme va être évacuée , disait M°"^ Barat à ses probanistes. On l'eût conservée peut-être, mais on a voulu y introduire des inspecteurs; alors j'ai écrit: Partez^ ! »

Le Sacré-Cœur de Padoue pouvait craindre les mêmes rigueurs. Là aussi M™® Barat dirigeait par lettres ]y,jme Dudrunska, qui en était supérieure : « Jésus sera avec vous; vous avez obéi en acceptant cette charge; ce sera votre sûreté. Puis prenez conseil de quelques personnes sages. Sans doute, quand on le peut, il faut se retirer pour se taire et prier; car moins on paraît, mieux cela est. Des religieuses doivent être entre le ciel et la terre: Sursum corda! Toutefois, je vous le répète, il y a des circonstances où il faut savoir joindre les conseils des hommes aux supplications que l'on adresse à Dieu*. » Les religieuses de Padoue prirent surtout conseil de leur charité. Elles eurent l'inspiration de recevoir chez elles les blessés de la guerre et de les soigner de leurs mains. La mère générale les en félicita ; puis, ce devoir rempli, elle attendit tranquillement qu'on décidât du sort de celte maison , avec la grandeur d'âme dont témoignent ces lignes : « Nous prions, afin que Dieu, qui tient tout dans sa souveraine puissance, nous accorde une paix durable et qui tourne à sa gloire et au salut des âmes. Ce que nous désirons , c'est que tous les hommes soient heureux dans ce monde et dans l'autre, c'est-à-dire éternellement^. » Le Sacré-Cœur de Padoue put être con-

i Journal du 20 mai 1860.

2 Paris, 2'i juin 1859.

3 Paris, 1.0 juillet 1859.

570 inSTOlRE DK MADAME I5ARAT

serve : « Cette maison de Padoue, avait dit M"'" Barat à la supérieure, sera comme le roseau battu par la tempête, qui courbe la tête , mais qui reste debout. »

Cependant sa pensée, son cœur, ne quittaient pas Rome, où le vicaire de Jésus-Christ gravissait alors un rude calvaire. Elle eût voulu revoir cette terre des martyrs pour s'animer elle-même à supporter ses souffrances : « Je fais taire mes désirs, écrivait-elle, mais il me semble qu'un dernier pèlerinage eiàt opéré ma conversion ^ » Elle eût souhaité surtout d'être bénie encore par la main à laquelle on préparait des chaînes : « Entre tant de saints que vous trouvez dans cette ville, celui qui excite mon admiration est le Père de tous. Il est bien l'image la plus parfaite de Celui dont il tient la place dans ce lieu d'exil. Voulez-vous savoir, ma fille, ce qui me rend plus pénible le sacrifice que je suis obligée de faire, de renoncer au voyage de Rome, c'est de ne plus revoir notre suprême Pasteur. J'aurais désiré si ardemment de recevoir une dernière bénédiction de ce vénéré Pontife avant d'aller à Jésus. Il me semble que j'aurais été plus rassurée en paraissant devant le souverain Juge^ »

Du moins priait -elle ardemment pour l'auguste victime : « Nous prions beaucoup pour le Pape et pour l'Eglise universelle; car y a-t-il aujourd'hiii un coin du monde où règne la paix? Aussi est-ce au ciel, son empire permanent, que nous devons aspirer. Ne serait-on pas lente de dire avec le prophète : « oh ! (|U(! mon exil est long^! » Et, dans une

1 A M- Lchnn. Paris, 3 oct. lîfôS.

■J A M'- l.clion. Paris, "i juillet 18;'.9. ■1 A M"' I.chon. Paris, 27 mai 1859.

Page 1