‹ Histoire de Madame BaratChapitre 253 sur 311 · SES PRIÈRES POUR LE PAPE · texte numérisé non relu

SES PRIÈRES POUR LE PAPE

autre lettre, voyant grossir la tempête qui menaçait d'engloutir le vaisseau de l'Église : « Les esprits de ce pays sont bien mauvais, disait-elle, ils ne cherchent que l'occasion de remuer ciel et terre. Prions Dieu qu'il dise à cette mer agitée : « Tu viendras jusqu'à ce grain de « sable, et tu ne le passeras pas. » Espérons donc en la protection divine de Celui qui peut tout^ » M"'' Barat fil demander au Pape de lui bénir un crucifix et un chapelet, sur lesquels elle pût prier à ses intentions : « Ce sera, ajouta-t-elle, ma consolation et mon encouragement au milieu de mes croix, sans doute bien légères en comparaison des siennes, mais souvent trop fortes pour ma faible vertu-. »

On était à la veille de l'attentat suprême. A la fin de l'été 1860, après une suite de manœuvres ténébreuses et perfides pour isoler le saint-siége afin de le dépouiller, on vit tout à coup , « sans déclaration de guerre, sans aucun des respects qui sont le dernier rempart de l'honneur dans le monde civilisé, et comme en pleine barbarie » , des masses armées envahir les provinces pontificales, et écraser par le nombre une poignée de héros. Cette fois encore, selon l'expression de l'Écriture , il fut donné à la Bête de faire la guerre aux saints et de les vaincre^.

Le champ de bataille de Castelfidardo est en face de Lorette. De son éminence de Monte-Pieale, le Sacré- Cœur assistait à toutes les péripéties de cette journée, à la fois pleine de deuil et de gloire. Bientôt même ses

1 Paris, 12 juillet 18o9.

2 Paris, o mai 1860.

3 Datum est Besliœ hélium facere cum sandis et vincere eos. (Apocal. xin, 7.)

o72 . HISTOIRE DE MAUAMK BARAT

murs devinrent le dernier refuge des soldats pontificaux qui , un contre dix , rangèrent bravement leur cavalerie et leurs canons sous les fenêtres, résolus, sinon de vaincre, du moins de résister. Ce fut seulement alors que les religieuses et leurs enfants allèrent chercher un refuge à SainL-Elpidio. Lorsque, peu de jours après, elles rentrèrent à Lorelte, la ville était à l'ennemi; et une des premières choses que le nouveau gouvernement exigea, fut l'expulsion des jésuites et des dames du Sacré-Cœur. L'admirable fermeté de l'évèque, M^"" Magnani, ne parvint pas à les sauver; et le 27 septembre, ordre leur fut intimé de quitter leur maison avant le 3 octobre.

Du moins Saint-Elpidio espérait échapper à la proscription, grâce à cette obscurité dont M"- Barat disait dans une lettre : « Je ne cesse de prier pour la petite famille, qui m'est d'autant plus chère qu'elle est dans un coin du monde, pauvre, humble, et ainsi plus semblable à Jésus si délaissé dans l'élable'. » La petite communauté essaya de tenir quelque temps, forte de la reconnaissance des familles de la ville; mais elle ne parvint qu'à retarder son départ : le 2 décembre 1800, la mère Gerardi et ses dernières reli^rieuses durent se replier sur Rome.

Pcrouse, livrée aux mêmes maîtres, prolongea sou agonie, pendant deux années, au prix d'une patience infatigable; mais il fallut se rendre à la nécessité. En 18G2, le Sacré-Cœur fut remplacé par des maîtresses séculières; Pie I\ reçut les proscrites comme de fidèles soldats qui n'ont capitulé qu'à la dernière heure. Il \ou\-

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