PRÉSAGES ET ARDEURS DE ZÈLE
leur inculquant la dévotion au Sacré-Cœur. Mais si le sel s'affadit; si les flambeaux ne jettent qu'une faible lueur , si les lampes s'éteignent , malheur à nous ! L'Époux arrivera dans la nuit de ce monde. Travaillons donc avec plus d'ardeur que jamais, d'abord à notre perfection , puis à celle de nos sœurs , et enfin au salut des âmes qui nous sont confiées. L'espérance de l'Église est dans la jeunesse. Hélas! le démon le sait; c'est pourquoi il travaille tant à lui ôter le bienfait de l'éducation ^ »
Trois mois après cette lettre éclata la guerre d'Amérique. Elle fut pendant trois années un grave sujet d'inquiétude pour M""' Barat, qui tremblait pour ses familles, de cette vaste colonie. Ses alarmes s'aggravaient par le manque presque absolu de nouvelles certaines. Elle savait seulement que quelques-unes de ses maisons, telles que Saint- Michel, Natchitoches , le Grand- Coteau se trouvaient, soit au centre du théâtre des hostilités, soit sur le passage des troupes. Mais, grâce aux sympathies que le Sacré-Cœur s'était conquises dans le pays, ses maisons furent constamment respecte'es, honorées même, par l'une et l'autre des deux parties belfigérantes. « Nous en avons béni Notre -Seigneur, écrivait la mère générale à une des supérieures vicaires de cette contrée. Il y avait si longtemps que rien de vous et de votre famille ne nous parvenait!... Ce sont, je l'espère, les effets des prières que toutes nos maisons ne cessent d'adresser au Cœur sacré de Jésus, afin qu'il vous soutienne, et qu'il fasse cesser le fléau de la guerre , qui traîne après lui tant de maux ^ »
1 A M">= Lehon. Paris, 12 janvier 1861.
2 A M'"" Jouve, 30 janv. I^fi:^.
La guerre d'Amérique opportail un retard à un projet important de la mère supérieure : l'époque fixée par les Constitutions pour la réunion du Conseil général était déjà passée. M""^ Barat attachait d'autant plus d'importance à sa réunion que, dans sa pensée, ce Conseil devait mettre le sceau à son gouvernement : « Si je puis former un désir, écrivait- elle à M""" Jouve, vicaire en Amérique, c'est de réunir une dernière fois sur cette terre d'exil mes anciennes mères et filles qui, depuis si longtemps, partagent avec moi le travail de cette difficile mission. Oui, je voudrais les revoir et leur dire mes sentiments, ma reconnaissance, et recommander à celles qui me survivront de redoubler de dévouement pour consolider notre Société sur les bases solides des vertus religieuses : une humilité sans bornes, un zèle ardent pour le salut des âmes, une générosité qu'aucun obstacle n'arrête quand il s'agit de procurer la gloire de Dieu; et pour cela une union, ou du niuins une tendance fidèle au Cœur de Jésus, source de cette vie de sacrifice. Si donc la paix revient, tenezvous prêle, attendez l'appel; il ne laidera pas alors'. »
Outre la guerre d'Amérique, diverses causes, dont la principale était l'état d'épuisement de la vénérable mère, retardèrent cet appel jusqu'au milieu de l'été de 1864. Une première lettre de convocation, datée du lu mars, traçait les lignes principales du programme à suivre dans cette assemblée. II s'agissait d'abord de « conserver intacts et même de fortifier, dans la cic rclifjicusc, l'esprit (juc les fondateurs de la Société, les Révérends itères Varin et de Tuurncly, lui avaient
« l'aiis. 30 jaiiv. iSfCJ.