‹ Histoire de Madame BaratChapitre 257 sur 311 · LE HUITIÈME CONSEIL GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

LE HUITIÈME CONSEIL GÉNÉRAL

Les assistantes générales élues par le Conseil furent les mères Prévost, de Brou, Gœlz et Lehon ; la mère Desmarquest, de plus en plus infirme, avait enfin obtenu d'être déchargée de ces fonctions. Ce ne fut pas sans regret que M™" Barat accepta la démission de cette mère, dentelle disait à ses probanistes, faisant allusion à son nom de baptême : « C'est Dieu seul qui fait nos félicités, mais il ne les a pas placées toutes dans le. ciel. » — « Vous seriez édifiée, ma fille, écrivait- elle, si vous eussiez été témoin de l'oubli de soi que nos mères assistantes ont montré dans la démission de leurs charges... Quelles vertus d'obéissance, de douceur, envers celles qui les remplaçaient et qui avaient été leurs élèves^ ! »

L'élection de M""^ Gœlz n'était que la confirmation de celle que M™^ Barat avait déjà faite au mois de mai dernier, en remplacement de la mère Henriette Coppens. La mère générale eut besoin de consoler et de rassurer l'humilité de cette nouvelle assistante : « Le Cœur sacré de Jésus, lui écrivit- elle, vous saura gré de votre soumission, et, s'il veut bien vous maintenir dans cette charge en ratifiant mon choix, ayez la conviction qu'il suppléera à ce qui vous manque; pour cela vous devez tendre à vous dépouiller de votre action propre. Jésus alors vous donnera son divin Esprit, et il agira comme il le fit sur les Apôtres. . . Un abîme appelle un autre abîme; le rien absolu attire le bien souverain. L'auguste Trinité anime le néant par son divin Esprit; elle nous donne le Cœur de Jésus pour être notre modèle et notre miséricorde; et avec cette protection,

1 A la mère de Pina. Paris, 3 septembre 1864.

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qu'avons-nous à craindre? Ainsi , moins nous aurons, plus nous espérerons '. »

Cette nomination n'était d'ailleurs qu'un prélude à l'accomplissement d'un autre projet de la mère Barat. Elle crut le moment venu de présenter énergiquement sa démission au Conseil, espérant bien qu'elle la ferait agréer cette fois. Voulant laisser les mères en délibérer en toute liberté, elle ne parut pas ellemême, mais elle leur fit porter un message verbal réclamant avec instance d'être déchargée du gouvernement. Cette communication fut d'abord suivie d'un instant de silence, causé par la surprise et l'émotion : bientôt un non unanime fut la réponse du Conseil.

M""^ Barat, ramenée au milieu de ses filles, insista de nouveau. Elle déclara que, vu son âge et son afi'aiblissement, il lui devenait impossible de porter seule le poids du gouvernement. Au cas où le Conseil persisternit dans son refus , elle désirait du moins user de la faculté que lui donnait le dernier décret obtenu à Rome , en nommant une vicaire générale (jui la secondât et la suppléât. Cette sorte de transaction fut accueillie avec joie : elle laissait jusqu'au bout la mère fondatrice à la tête de sa famille, et elle lui ménageait une auxiliaire de son choix, qui, formée par elle et initiée intimement à son gouvernement, semblait désignée d'avance pour lui succéder.

Dans les desseins de Dieu , le successeur de M"" Barat devait être une âme humble : la mère CkpIz fut nommée vicaire générale. On rapporte (jue, plus d'une fuis, la fondatrice avait eu sur ce sujet certaines indications d'un

1 Paris, ir. mai l^fii.

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ordre supérieur. Vers 1825, se trouvant dans la maison de Poitiers ou de Niort, on l'avait entendue dire en récréation : « Mes bonnes filles, si vous saviez combien j'ai été déconcertée cette nuit. Je disais au bon Dieu : Quand donc me déchargerez-vous de cette supériorité que je porte depuis vingt ans? Savez-vous ce qu'il m'a répondu : « Prends patience, car celle qui doit te rem- « placer n'a pas huit ans encore ! » Mais tout cela n'était qu'un rêve, » s'empressa- 1- elle d'ajouter. Joséphine Gœtz était alors une enfant de sept ans et demi. En 1842 , un saint religieux aurait répondu à la fondatrice : « Celle qui est appelée à vous succéder est maintenant bien modestement occupée de son pensionnat. » C'était l'époque à laquel M""® Gœtz exerçait la charge de sousmaîtresse générale à Besançon. Plus tard, l'attention et l'espérance de la Société se tournèrent de plus en plus vers la supérieure de la maison de Conflans. La fondatrice disait d'elle : « La mère Gœtz est une âme ancrée dans l'humilité, puis il y a de la largeur. » Humilité, largeur, voilà ce que le Saint-Esprit, dont elle écoutait si fidèlement la voix, avait déposé dans cette âme pour continuer fouvrage et perpétuer l'action de la mère Barat*.

Le Conseil dura un mois : il fut l'achèvement de l'œuvre de la fondatrice. A celte époque, la Société comptait trois mille cinq cents religieuses dans les deux mondes. Cent onze établissements avaient été créés sous la direction de la mère générale depuis soixante -deux ans qu'elle était à la tète de son Institut. Elle en voyait encore, en 1864, fleurir quatre-vingt-six, auxquels

1 Voir Notice sur la révérende mère Gœtz.

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s'ajoutèrent dans les années suivantes les fondations de Concepcion au Chili , de Bois-V Évêque près Liège , et enfin de Séville, objet des dernières sollicitudes de M""® Barat. La constitution avait son complément; Tadministralion avait tout son organisme; le gouvernement avait sa tète, son bras, son cœur. Par la création d'une vicaire générale, le passé se trouvait relié à l'avenir. Enfin, ce qu'elle n'avait pas fait, U"'" Barat l'avait décidé, indiqué, consigné dans des notes; de sorte que ses successeurs jusqu'à ce jour n'ont eu d'autre désir que celui d'être les exécutrices de ses volontés. L'œuvre était donc complète ; voilà ce que nous appelions sa consommation. Or c'est un fait presque unique qu'une fondatrice ait ainsi pu mettre la dernière main à l'entier accomplissement de son entreprise ; et , quand on considère combien les choses achevées sont rares en ce monde , on est bien tenté de voir dans ce couronnement d'un si grand ouvrage une intervention toute providentielle de la bonté de Dieu.

Le 21 juillet 1864 , le Conseil fut clos. Le lendemain , fête de sainte Madeleine, fut un jour mémorable pour la maison nirie. .M""" Barat ayant reçu des enfants quinze houlettes pour ligurer les quinze vicairies ou provinces de la Société, elle les distribua aux supérieures vicaires. « Nous nous souviendrons de celte fête toute notre vie, » disaient les pensionnaires. La présence de ces mères, venues de tous les points du monde, donnait à cette réunion une solfiinilé unique: on sentait qu'elle ne se renouvellerait que dans l'clernilé.

Les malheureux n.; furent pas oubliés dans la fête;

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