‹ Histoire de Madame BaratChapitre 258 sur 311 · DERNIÈRE FÊTE DE SAINTE MADELEINE · texte numérisé non relu

DERNIÈRE FÊTE DE SAINTE MADELEINE

et un acte de charilé, que la mère Barat compléta en ce jour, en fut certainement une des plus douces joies.

Une jeune femme de bonne famille , élevée pendant dix ans au pensionnat de Paris, après avoir perdu sa fortune, avait eu le malheur de voir son mari malade et privé de son seul moyen d'existence : un emploi dans les chemins de fer. La misère arriva. On recourut au Mont-de- Piété; les bijoux, puis les meubles, puis les derniers vêtements, tout fut successivement engagé pour avoir de quoi vivre. Un seul trésor restait à la malheureuse jeune femme , sa médaille d'Enfant de Marie , qu'elle n'avait jamais quittée et dont elle eût voulu ne se séparer jamais. Mais un jour, n'ayant plus de quoi acheter un remède prescrit à son mari , elle n'écouta que son devoir : le sacrifice fut accompli, et la médaille alla rejoindre les autres dépôts.

Cependant approchait une impitoyable échéance : celle du terme du loyer; et l'on ne savait où trouver la somme exigée sous peine d'expulsion. Le mari était entré en convalescence, mais il était faible encore. Ses souffrances morales l'avaient rendu irritable ; puis l'infortuné n'était pas religieux , et dans son égarement il rendait la Providence responsable de ses maux. Un jour sa femme lui dit : < Si ma bonne mère Barat connaissait notre détresse, je suis sûre qu'elle ne manquerait pas de nous assister. » Le mari ne lui répondit que par les sarcasmes de l'incrédulité : « Votre mère Barat ! elle est trop grande dame pour vous reconnaître encore dans cette position. Vous n'y gagneriez, ma chère, qu'un affront de plus; et nous sommes assez humiliés déjà! » La jeune femme ne dit rien; elle protesta dans son cœur, versa d'abondantes larmes, et, piquée au

vif dans son afleclion pour sa mère d'autrefois, elle se décida à lui écrire en secret.

Quelques semaines avant sa fête, M""* Barat reçut la lettre. Cette lecture la bouleversa... Elle court à son tiroir, y prend le prix du loyer, et s'empresse d'y joindre un envoi important qu'elle prépare elle-même. Oubliant le poids de ses quatre-vingt-quatre ans, elle allait, examinait, saisissait tout ce qui lui tombait sous la main , répétant à ses sœurs : « Pauvre Clotilde , quelle détresse! Donnez, donnez encore; apportez tout ce qui se trouve dans cette armoire afin qu€ je choisisse une robe; donnez -en une autre, on ne peut en avoir moins : celle-ci pour Tordinaire, celle-là pour le dimanche ; mettez aussi ces mouchoirs, ce châle, ces bas, ce chapeau... Mon Dieu, quelle misère! Et c'est une de nos enfants!... Allez, portez- lui le tout bien vite, et demandez- lui de prier pour moi et pour la Société, y

Quand la jeune femme reçut cet envoi de sa mère , elle fit hautement éclater sa joie. Elle triomphait : le Sacré-Cœur était vengé. Son mari, vivement ému, accepta généreusement sa défaite: « Je veux prier avec vous, dit-il à son épouse. Je vous ai toujours refusé de me mettre à genoux, mais aujourd'hui j'ai besoin de remercier Dieu. » Disant cela, il s'agenouilla près de sa femme, les larmes aux yeux, et tous deux prièrent pour leur bienfaitrice. Ce fait, rapporté à M*"* Baral, la coiiilila (le Ixjnlicur.

Elle continua ses bienfaits à ce cher ménage sous les formes les plus variées et les plus délicates. La pensée de M""' Barat inspirait au mari le murage de ses devoirs : ellt; l'-tait devenue j^our lui une seconde con-

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