‹ Histoire de Madame BaratChapitre 27 sur 311 · SA DÉFIANCE DES ILLUSIONS · texte numérisé non relu

SA DÉFIANCE DES ILLUSIONS

pas, elle ne buvait pas, elle ne dormait pas; elle priait toute la nuit portant sur la tête une couronne d'épines. Elle avait reçu, disait-elle, des révélations de la sainte vierge : Marie lui avait donné la mission de lui bâtir une église sur une montagne, où déjà elle commençait à porter des pierres. M°'® Barat Texamina avec une charité égale à sa prudence. Elle n'était pas toutefois sans quelque défiance de cette visionnaire, trèsmodeste, il est vrai, aux yeux toujours baissés, mais dont « la langue, disait- elle, était moins liée que la vue ». Au bout de huit jours, elle eut découvert tout le mystère. La prétendue jeûneuse , quand on la laissait seule, non-seulement mangeait fort bien, mais buvait mieux encore. Les preuves furent accablantes; ce qui n'empêcha pas qu'il ne se trouvât des religieux, des personnes sérieuses, qui refusèrent obstinément de se laisser détromper : « tant on a de penchant pour l'extraordinaire , » disait M""^ Barat. Quant à elle , sa foi soumise , très- simple, mais solide, la tenait en défiance contre ces sortes d'illusions, et, répondant au récit de quelques faits du même genre : « Tenez , franchement , écrivaitelle à M"^® de Gramont, je ne croirai aux révélations que quand vous en aurez. Aussi, prévenez-m'en tout de suite. Mais maintenant, je suis plus incrédule que jamais; c'est tout dire ^ »

M'"". Barat « remise sur pieds », comme elle s'exprimait, avait peine toutefois à quitter cette maison de Turin. Les religieuses eussent voulu pouvoir la garder : les enfants surtout l'adoraient. On raconte qu'une maîtresse lui ayant dénoncé, comme gravement coupables

1 Turin ., 20 août et i", 8, 10 et 12 sept. 1832.

de dissipation pendant l'office divin, deux petites pensionnaires d'environ quatre ans, l'indulgente mère générale ne fit que rire de son courroux. Elle fit plus, le dimanche suivant, elle demanda qu'on plaçât, devant sa propre stalle, sur deux escabeaux, les deux jeunes espiègles, qui, fières de cet honneur, ne manquèrent pas d'y répondre à leur manière enfantine, en mêlant à leurs prières une pantomime et des jeux de la plus divertissante naïveté. La maîtresse, impatientée, fut vingt fois sur le point d'aller les faire sortir, comme elle le dit ensuite à la mère générale : « Pourquoi cela? reprit celle-ci; ces deux petites me représentaient deux agneaux bondissants devant le Seigneur. Je le prie de leur garder longtemps cette innocence. » — Elle ajouta : « Ah! si le bon Dieu était aussi sévère envers nous, que de fois il nous aurait chassées de sa sainte présence * ! »

Cependant M"" Barat songeait à continuer son voyage vers Rome, où l'appelait une œuvre importante. Une lettre circulaire, adressée à toutes ses filles, en date du 31 août, leur annonça son départ, les remercia de leurs prières pour saguérison, aujourd'hui définitive; surtout les exhorta à redoubler d'amour, de fidélité et de zèle. Cette dernière page est toute de flamme : « Et comment, mes chères filles, demandait-elle, comment, dans ce temps de calamités , iienser à autre chose qu'à apaiser la colère de l'Agneau méprisé, et à dédommager le Cœur de Jésus- Christ de tant de douleurs qui l'accablent? Ah! ne soyons pas du nombre de ces infidèles épouses dont il se plaignait à une de ses bien-

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