‹ Histoire de Madame BaratChapitre 261 sur 311 · SON ESPRIT DE PAUVRETÉ · texte numérisé non relu

SON ESPRIT DE PAUVRETÉ

VOUS cacher la peine que j'éprouve en songeant au temps qu'a dû vous coûter cet ouvrage... Que ce soit le premier et dernier travail d'agrément de cette sorte; je ne le recevrais plus. » A une autre elle refuse un couvre- pied revêtu de soie : « Vous deviez le couvrir simplement d'indienne avec quelque vieille robe venant de vos postulantes; je renonce à m'en servir, ce serait contre la pauvreté. » Que si l'on insistait pour lui faire agréer quelque présent semblable : « J'aime tant la pauvreté, disait-elle d'une voix suppliante, et je désire tellement la voir pratiquée, que vous ne me ferez pas la peine de me contraindre à donner le mauvais exemple^ » Un jour, dans ses visites, ayant aperçu un tapis dans la pièce qu'on lui destinait, elle s'arrêta sur le seuil : « Je n'y mettrai pas le pied qu'on n'ait enlevé ce tapis, » protesta -t- elle à l'instant. On la vit même une fois mettre elle-même, sans rien dire, hors de sa chambre de Conflans, tapis, rideaux et autres pièces de mobilier furtivement introduites pour la préserver du froid; ensuite, appelant l'économe, elle la pria en souriant de faire enlever ces inutilités qui encombraient le seuil.

Elle eût voulu ne porter que des vêtements usés et rapiécés. Recommandant à la religieuse chargée du vestiaire d'avoir soin que chacune eût bien tout ce qu'il lui fallait, elle ajoutait : « Pour ce qui me concerne, ne remplacez rien de ce qui me sert sans m'en prévenir. » Elle mendiait humblement et recevait à titre d'aumônes les petites fournitures de bureau ou de ménage dont elle avait besoin : « Nous sommes pauvres,

Notes de M'"« d'Oussiêrcs. Doc. n» 56, p. 33.

mes filles, nous devons agir en pauvres, » répétait-elle. En conséquence, elle-même ménageait avec une sainte parcimonie le bien de la communauté, Feau, le bois, rhuile; modérant le feu de son foyer, s'en privant quand elle pouvait le faire à Tinsu des sœurs; réservant pour s'éclairer les derniers bouts de chandelle; recueillant les moindres restes, au réfectoire, au jardin, dans les classes, partout; balayant, nettoyant, épluchant comme la plus humble servante, et animant toutes ces actions d'une gaieté et d'une ardeur qui faisaient assez voir qu'elle les faisait pour Dieu.

Jamais oisive, elle tricotait, raccommodait, tirait Faiguille, tout en alimentant la conversation. Une religieuse posait-elle un moment son ouvrage pour raconter quelque trait, M"'° Barat lui disait : « Mon enfant, vous pouvez raconter votre histoire tout en travaillant; ces deux choses vont ensemble pour des pauvres comme nous^ » Malgré sa bonne volonté, on devine facilement qu'une supérieure générale surchargée d'affaires et souvent malade ne pouvait faire beaucoup d'ouvrage : « Je ne fais guère, disait-elle vers la fin de sa vie, que trois ou quatre paires de bas chaque année. Ainsi , vous voyez que je suis à la charge de la Société. »

« L'àme étant dépouillée des choses extérieures, dit Dossuet dans un de ses plus beaux discours, commence alors à être plus proche d'elle-même. Mais, arrivée à ce point, osera-t-elle toucher à ce corps si tendre, si chéri, si ménagé? Oui, se dit-elle, j'ai trouvé en lui une victime, et je l'immolerai ù l'amour de Dieu*. » Il n'y av;»it personne de i)lus rude à elle-même (pic M""" Barat. Le

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