SES MORTIFICATIONS CORPORELLES
même attrait qui l'avait poussée vers le Carmel l'aurait entraînée à des rigueurs extrêmes si l'obéissance n'y eût mis un frein. On rapporte qu'un jour, à l'imitation de sainte Jeanne de Chantai, elle tenta d'imprimer sur sa poitrine l'image du sacré Cœur de Jésus, en y appliquant une médaille en bronze rougie au feu ; on s'en aperçut à temps pour l'en empêcher K
Elle se faisait une loi de cacher ses pénitences : « 11 faut faire son secret de ce que l'on souffre, disait-elle, ce silence est agréable au Cœur do Jésus. » Cependant son secret lui échappait quelquefois : « Il fut un temps, avouàit-elle à une de ses religieuses, où j'étais tellement disposée à m'impatienter que je n'y trouvais qu'un remède : je prenais la discipline, je me frappais tant que je pouvais, et c'est ainsi seulement que je parvins à me calmer. » Ayant dit cela, elle rougit, voyant qu'elle venait de se trahir. Et une autre fois, recommandant à une supérieure de refuser aux personnes nerveuses la permission de prendre la discipline : « Moi qui ne suis pas nerveuse, ajouta-t-elle, je ne puis en user sans qu'il me reste un tel tremblement que je suis plus de dix minutes avant de pouvoir écrire. » Celle qui parlait ainsi avait alors soixante -six ans^
D'ailleurs tout lui était bon pour se mortifier. Par exemple, on la vit une fois^ relevant ses manches, arracher les orties avec un tel oubli de toute précaution, que son bras était gonflé de piqûres jusqu'au coude : « Allons, dit-elle à la sœur qu'elle avait aidée, cela nous comptera pour une discipline. » En Italie on observait qu'étant à la chapelle elle se laissait dévorer
1 Tém. de la sccur Annclle Vachez.
2 Noies de M""= d'Oussières, ii" .W, p. 32.
par les moustiques jusqu'au sang, plutôt que de faire un mouvement pour s'en délivrer. Un potage aigri lui ayant été présenté par mégarde, elle l'avala sans rien dire. Lui offrait-on, pendant ses fréquentes maladies, quelque adoucissement : « Je ne l'aime pas, » répondait-elle; ou : « Cela me fait mal. » On finit par comprendre ce que cela signifiait. Une fois, sortant de maladie, elle quitta furtivement son lit pour se mettre à genoux sur le carreau de sa chambre, et comme l'infirmière, l'ayant ainsi surprise, la taxait d'imprudence : « Fallait-il donc, répondit-elle, être infidèle à la grâce? Je suis sortie de mon lit parce que je m'y trouvais trop bien. » Souvent on la voyait, avant l'entrée au réfectoire, se diriger la dernière vers la fontaine commune et se servir de l'essuie -main après les autres : « Madame Louise de France, disait-elle gaiement, se mortifiait en cet exercice de pauvreté. Je le comprends, et j'avoue que, sans avoir élé nourrie au palais de Versailles, cela me coule un brin. » Ses journées étaient pleines de ces sacrifices, minimes il est vrai, mais qu'agrandissait, que divinisait, pour ainsi dire, la consécration de l'amour de Dieu. « Regardez comme perdu le jour où vous n'aurez pas souffert pour Jésus, » disait M'"'' Barat.
Sortie du monde et de ses biens par la pauvreté, sortie du corps et de ses jouissances par la mortification, 0 l'ûme se trouve alors elle-même, — c'est toujours Bossuet qui nous marque ce progrès; — mais s'élaut trouvée elle-même, elle sait qu'elle a trouvé la source de tous les maux. C'esl donc à elle-même ciucllc en veut encore, ne se donnant pas de relâche qu'elle n'ait aballu l'orgueil aux pieds de Dieu. »