SON AMOUR DE L'HUMILITÉ S
On sait l'humilité de M""® Barat : « Ah! le moi, si je le tenais, je l'étranglerais, » l'entendait-on répéter. Elle disait encore : « Pas de trêve dans cette guerre : il faut vaincre ou mourir. » Dans ses dernières années, un saint évoque disait : « C'est une révélation de l'humilité que M""® Barat ^ » En elle, le moi disparaissait comme noyé dans l'océan de la grandeur de Dieu : « Le moi, ce petit atome! » disait -elle avec mépris; et, parlant une fois des tentations d'orgueil : « Ah ! je n'en ai pas peur; on repousse cela du pied, » dit-elle, faisant un geste encore plus expressif que les mots^ On l'entendait dire : « Saint Jean, dans sa vieillesse, répétait toujours la même chose à ses disciples : « Charité! « charité! Aimez-vous les uns les autres. » Et -moi, jusqu'à la fm, je dirai à mes filles : Humilité! humilité! toujours humilité !» — Et encore : « Saint Ignace a adressé à ses religieux une admirable lettre sur l'obéissance. Si, comme lui, avant ma mort, je me décidais à écrire quelque petite chose pour la Société, ce serait sur l'humilité : je ne connais pas de vertu plus grande que celle- là ^ »
Ce testament suprême, c'est dans ses entretiens et surtout dans ses exemples qu'il faut le chercher. Nous savons sa répulsion pour le nom de fondatrice ; quand on le lui donnait elle en souriait de pitié, et, élevant son regard : « 0 Jésus, répétait-elle, c'est bien vous tout seul! » Son humilité avait réponse à tout. Comment Dieu l'avait-il choisie pour présider aux premières origines de la -Société? « C'est, comme elle l'expliquait,
1 Mgr Dupont, archevêque de Bourges, n. 108.
2 Tém. de M™» Cornille. Doc. n. o7, p. 15. — IL, n. 87. — //., u. 230,
3 Tém. de la sœur Beauve, n. 103. — II. Doc. n. 46, 37, 230.
que les plus belles plantes ont leurs racines dans du fumier; et qu'on jette d'ordinaire dans les fondements d'un édifice des pierres brutes, grossières, destinées à rester à jamais cachées aux yeux. » Gomment avait-elle pu opérer tant de choses? « Comme l'écolière, disaitelle, à qui l'on conduit la main pour faire sa page d'écriture; sans le secours du maître, elle ferait de belles choses! » Comment dirigeait-elle tant d'àmes, tant de familles répandues sur toute la terre? « Comme ces poteaux plantés le long des grandes routes qui indiquent le chemin à prendre, mais qui ne marchent pas. y> Et xes conseils si élevés de spiritualité, épars dans ses lettres, comment les écrivait-elle? « Comme ceux qui -fabriquent de faux billets de banque y gravent eux-mêmes l'arrêt de leur condamnationM » (Juel ton de conviction accentuait ces vives et spirituelles réponses! Au mois de septembre 18û4, revenant de Conllans, où elle avait fêté Notre-Dame des Sept-Douleurs: « J'ai vu, dit-elle, toutes celles qui doivent prendre l'habit, et à chacune j'ai recommandé l'humilité. L'iiumililé ! c'est le premier, le second et le troisième pas dans la perfection... En ce jour Rome solennise la béatification de Marguerile-Mario. Ali! c'est bien le triomphe de l'iiumilité! Et pourquoi ne pas vous livrer à cette grande vertu? lléla;^! j'cu devine la raison : c'est celle de la fable :
Mère écrcvissc un jour à sa fillo disoit : Conuiie lu vas, grand liicu! ne peux-tu marclicr drciil? — lit conmie vous allez vous-iU(Miie ! dit sa lillo. Puis-ji' aulrcuifiit niaiclnr «[uo ne fail ma famille?
> 'lém. n. 112, cl M'"* Anna de I.ommcssom, ii. îiC.