SON AIMABLE HUMILITÉ
Vous pourriez m'en dire autant... Eh bien! devenez des Marguerite-Marie : peut-être m'enlraînerez-vous à avancer comme vous ! »
Nous savons déjà l'horreur que M"*® Barat avait des compliments. Lui faisait -on, à Gonflans, quelques couplets louangeurs : « Vous allez achever de me brouiller avec le Parnasse ; » ou bien , arrêtant les strophes : « Tenez, mes bonnes enfants, à force de chanter vous ne savez plus ce que vous dites ; » ou encore : « Mes bonnes filles, voilà une musique que je trouve bien discordante avec mes sentiments; car il y a dix minutes qu'elle retarde mon empressement de vous dire bonjour'. » Lisait- on devant elle des passages des Lettres annuelles où. elle était citée, d'un coup de sonnette énergique elle arrêtait la lectrice : « Faites-moi le plaisir de passer cela, ma fdle, et tout ce que vous trouverez de semblable à cela. Je ne savais pas qu'on prît la peine de recueillir mes paroles. S'il en est ainsi je ne dirai plus rien. » Parlait-on de rédiger l'histoire de la Société : « Laissons, disait-elle, des actes et non des écrits... On n'aura pas le temps de nous lire. » On lui avait donné un album représentant les maisons fondées sous son gouvernement : quelqu'un en ayant tiré un sujet d'éloge pour la fondatrice, elle fit remporter l'album, qu'elle ne voulut plus revoira Elle appelait sa Société « la petite Société, une Société de moucherons, d'avortons, pis que cela, car nous offensons Dieu. » Jamais elle ne voulut constater le nombre exact de ses religieuses : « Brebis comptées, le loup les
1 Tém. de M"° de Chateaubriand, n. 44. — It., Journal de la Probation, 1852, pp. 30, 109.
2 Tém. deM">« de Bosredont, n. 158.
mange, disait-elle en riant. Un jour, M^"" Hugues, archevêque-de New-York, lui ayant attribué les grandes œuvres du Sacré-Cœur dans le nouveau monde. M""* Barat finit par se mettre à pleurer et à sangloter; c'est dans cet état de consternation que la trouva sa secrétaire. « Il ne fait pas bon louer votre supérieure générale, » disait ensuite Tarchevêque aux religieuses d'Amérique. Une autre fois, AP' Parisis l'entretenant des progrès de la Société : « Je pense bien, lui dit-il, que vous n'en tirez aucune gloire pour vous... — Ah! Monseigneur! que dites -vous? Ce serait horrible! » s'écria M'"" Barat^ Une petite-nièce du Père Varin, faisant sa probation en 1865, entendit la mère générale lui dire, en parlant de sa promotion au gouvernement de la Société : « Votre grand -oncle, mon enfant, a fait là une grande faute... Cependant il est possible qu'en cela il ait été inspiré de Dieu , qui voulait fonder son œuvre sur le plus petit néant... Si votre mère est si peu de chose, que devez-vous être, ma fille-? »
Le foyer d'où rayonnaient ces vertus d'humilité, de pauvreté, de pénitence en M"'" Barat, était l'amour de Dieu. Cet amour était son poids, comme dit saint Augustin, sa gravitation, comme nous dirions aujourd'hui. Nous venons de décrire l'ascension de cet amour; maintenant voici son sommet : il nous faut voir comment, ainsi détachée de toutes choses et d'ellemême, « resserrée de toutes parts, comme s'exprime Bossuet, et ne respirant plus que du coté du ciel, elle se donnait en proie à l'amour divin. «
Impuissante à se contenir, celle fournaise d'amour
« Tém. (le M"- Thérose d'IIondt, n. .•^2. 2 Tt'm. de M™* Léorilinc Varin, n. 182.