SES ÉLANS D'AMOUR DE DIEU
débordait en cris soudains, comme en autant de jets de flammes. C'était de plus en plus la manière de s'exprimer de M""^ Barat, depuis qu'elle ne pouvait plus tenir de longs discours. Un jour du mois de juin, que lèvent était brûlant : « Ah! mes bonnes filles, dit-elle, je voudrais qu'il fît chaud partout. Le feu est au milieu de nous : laissons faire Notre-Seigncur, il aura bientôt pris flamme ^ » Une autre fois, arrivant à la rue de Varennes au milieu de toute la communauté : « Ah ! que de monde, s'écria-t-elle, il y aurait de quoi mettre le feu aux quatre coins de la terrée » On l'entendait redire fréquemment cette prière qui était comme l'explosion du brasier intérieur : « 0 Cœur de Jésus, ma lumière, mon amour et ma vie, faites que je ne connaisse que vous, que je ne vive que de vous, en vous, par vous, pour vous^l » Un soir, elle entra précipitamment et tout haletante dans la salle de la Probation : « x\nathème, oui, anathème à qui n'aime pas Jésus-Christ! » répéta-t-elle d'une voix forte, en s'asseyant pour respirer. On ne savait que dire : « Eh quoi! reprend -elle, personne ne répond à ma voix? Hélas! héias! Jésus n'est pas aimé! » La nuit on entendait ces exclamations : « Mon Jésus! mon cher Seigneur! » et on la voyait chercher des mains le crucifix qui ne la quittait jamais. Elle lui adressait parfois ces paroles du Cantique : « Je dors , mais mon cœur veille, » ou d'autres textes sacrés exprimés en latin, que la sœur qui était proche ne pouvait comprendre. Dans une de ses maladies, comme on lui demandait si elle n'avait besoin de rien , elle répondit avec un accent
1 Journal , 26 juin 1859.
2 Tém. de M"-" Julie Heigelin, n. 202.
3 Tém. de M™' Hilda Millier, n. 230.
fi02 HISTOIRE DE MADAME BARAT
ineffable : « Je n'ai besoin que d'une chose : aimer Jésus et le savoir aimé'. »
Tout la portait à Dieu, et c'est d'elle qu'on peut dire ce que saint Bonaventure a écrit de saint François d'Assise : « Il voyait dans toute beauté Celui qui est le Très- Beau; il poursuivait à la trace imprimée sur toute chose le Bien- Aimé de son âme; et de tout cela se faisant une échelle pour atteindre au Tout aimable, il trouvait dans chaque être une goutte de la Bonté, source de toute bontés » Elle s'écriait un jour à la vue des montagnes : «Ah! que Dieu fait de belles choses, tandis que nous en faisons, hélas! de si vilaines. » On la vit, une fois, s'arrêter dans le jardin devant une belle rose humide de rosée, et, après l'avoir admirée en silence : « Ah! s'écria-t-elle avec un mouvement rapide, j'ai besoin de lui dire : « Vous n'êtes pas mon Dieu ! » On connaît ce mot de sainte Madeleine de Pazzi respirant une fleur : « Oh! que vous êtes bon, mon Dieu , qui , de toute éternité, avez destiné cette fleur à procurer celte jouissance à une pécheresse comme moi! » C'était un des mouvements les plus habituels de la reconnaissance de M""" Barat. Que de fois dans ses voyages n'invilat-clle pas ses compagnes à célébrer l'auteur de la création! La nature, l'art, les livres lui fournissaient tour à tour des aspirations ou des comparaisons pour s'élever à Lui. In jour, une des maîtresses do la ruo de Varennes lui montrant un recueil de poésie profane : « Lisons-en
1 Tém. (le M"" Z.i'pnvL II. 1(18.
2 <i CniUueli.itur in pulclins Piilclierrimum , cl pcr improssa reluis vestigia pcrsequebaliir ul)ii|uc Dilecliim , de omnibus isibi scalam facions, per f|Uîim conscendenl nd apprchondcndiim oum qui est desiderabilis lotus ; i,'l fonlalcm iliain bonilnleni in crcaturis singulis deguslabat. » (S. Bonav. \'il,i*S. Franc, rnp. ix.^