‹ Histoire de Madame BaratChapitre 265 sur 311 · SES ÉLANS D'AMOUR DE DIEU · texte numérisé non relu

SES ÉLANS D'AMOUR DE DIEU

débordait en cris soudains, comme en autant de jets de flammes. C'était de plus en plus la manière de s'exprimer de M""^ Barat, depuis qu'elle ne pouvait plus tenir de longs discours. Un jour du mois de juin, que lèvent était brûlant : « Ah! mes bonnes filles, dit-elle, je voudrais qu'il fît chaud partout. Le feu est au milieu de nous : laissons faire Notre-Seigncur, il aura bientôt pris flamme ^ » Une autre fois, arrivant à la rue de Varennes au milieu de toute la communauté : « Ah ! que de monde, s'écria-t-elle, il y aurait de quoi mettre le feu aux quatre coins de la terrée » On l'entendait redire fréquemment cette prière qui était comme l'explosion du brasier intérieur : « 0 Cœur de Jésus, ma lumière, mon amour et ma vie, faites que je ne connaisse que vous, que je ne vive que de vous, en vous, par vous, pour vous^l » Un soir, elle entra précipitamment et tout haletante dans la salle de la Probation : « x\nathème, oui, anathème à qui n'aime pas Jésus-Christ! » répéta-t-elle d'une voix forte, en s'asseyant pour respirer. On ne savait que dire : « Eh quoi! reprend -elle, personne ne répond à ma voix? Hélas! héias! Jésus n'est pas aimé! » La nuit on entendait ces exclamations : « Mon Jésus! mon cher Seigneur! » et on la voyait chercher des mains le crucifix qui ne la quittait jamais. Elle lui adressait parfois ces paroles du Cantique : « Je dors , mais mon cœur veille, » ou d'autres textes sacrés exprimés en latin, que la sœur qui était proche ne pouvait comprendre. Dans une de ses maladies, comme on lui demandait si elle n'avait besoin de rien , elle répondit avec un accent

1 Journal , 26 juin 1859.

2 Tém. de M"-" Julie Heigelin, n. 202.

3 Tém. de M™' Hilda Millier, n. 230.

fi02 HISTOIRE DE MADAME BARAT

ineffable : « Je n'ai besoin que d'une chose : aimer Jésus et le savoir aimé'. »

Tout la portait à Dieu, et c'est d'elle qu'on peut dire ce que saint Bonaventure a écrit de saint François d'Assise : « Il voyait dans toute beauté Celui qui est le Très- Beau; il poursuivait à la trace imprimée sur toute chose le Bien- Aimé de son âme; et de tout cela se faisant une échelle pour atteindre au Tout aimable, il trouvait dans chaque être une goutte de la Bonté, source de toute bontés » Elle s'écriait un jour à la vue des montagnes : «Ah! que Dieu fait de belles choses, tandis que nous en faisons, hélas! de si vilaines. » On la vit, une fois, s'arrêter dans le jardin devant une belle rose humide de rosée, et, après l'avoir admirée en silence : « Ah! s'écria-t-elle avec un mouvement rapide, j'ai besoin de lui dire : « Vous n'êtes pas mon Dieu ! » On connaît ce mot de sainte Madeleine de Pazzi respirant une fleur : « Oh! que vous êtes bon, mon Dieu , qui , de toute éternité, avez destiné cette fleur à procurer celte jouissance à une pécheresse comme moi! » C'était un des mouvements les plus habituels de la reconnaissance de M""" Barat. Que de fois dans ses voyages n'invilat-clle pas ses compagnes à célébrer l'auteur de la création! La nature, l'art, les livres lui fournissaient tour à tour des aspirations ou des comparaisons pour s'élever à Lui. In jour, une des maîtresses do la ruo de Varennes lui montrant un recueil de poésie profane : « Lisons-en

1 Tém. (le M"" Z.i'pnvL II. 1(18.

2 <i CniUueli.itur in pulclins Piilclierrimum , cl pcr improssa reluis vestigia pcrsequebaliir ul)ii|uc Dilecliim , de omnibus isibi scalam facions, per f|Uîim conscendenl nd apprchondcndiim oum qui est desiderabilis lotus ; i,'l fonlalcm iliain bonilnleni in crcaturis singulis deguslabat. » (S. Bonav. \'il,i*S. Franc, rnp. ix.^

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