‹ Histoire de Madame BaratChapitre 266 sur 311 · SES ÉLÉVATIONS A DIEU · texte numérisé non relu

SES ÉLÉVATIONS A DIEU

quelques strophes en les adressant à notre divin Jésus, lui dit M""^ Barat. Puis , après avoir lu : « Nous venons de divaguer, mais qu'importe? cela réchauffe, et Notre- Seigneur en auraje profit. » Pour elle, le Sursum corda jaillissait de toute chose'.

On devine par là ce que devait être l'oraison de ]y|me gapat. Elle disait un jour à une supérieure : « Quand on sait ménager le temps, on en trouve plus qu'on ne le penserait. Ainsi, malgré tout ce que j'ai à faire chaque jour, je puis encore consacrer de six à sept heures à l'oraison. » Il est vrai que le lendemain, crai- " gnant qu'on n'en conçût quelque estime pour elle, elle l'expliqua ainsi: « Comme je dors peu, naturellement j'emploie les heures de la nuit à penser à Notre -Seigneur; puis, dans l'après-midi, je vais encore prier à ma petite tribune ; mais c'est bien plutôt un repos qu'une prière, et l'on ne saurait appeler cela une oraison^ »

Cette habitude d'union à Notre -Seigneur était devenue un besoin instinctif et irrésistible. Un jour, ayant donné le signal pour terminer la lecture du dîner, elle entra aussitôt dans un recueillement si profond qu'une heure et plus se passa sans que personne osât l'interrompre, et sans que la cloche qui appelait les religieuses à vêpres la tirât de cet état. Ses premières compagnes racontaient que parfois, durant les haltes qu'elle faisait dans ses voyages, elle aimait à se plonger dans la profondeur des bois, et qu'à l'heure du départ, après de longues recherches, on la découvrait enfin, à genoux près d'un buisson, absorbée en Dieu. Elle connut ce-

1 Tém. de M'"« P. Perdrau, n. 26.

2 Tém. de M'"« d"Oussières, n. 198.

pendant « le Jésus qui se cache, » comme elle s'exprimait. Elle eut à souffrir des aridités spirituelles, mais elle en tirait un sujet de s'humilier davantage, comme le témoigne cette note écrite de sa main en 1^30: « Je demande instamment au Cœur sacré de Jésus, par Notre-Dame des Sept-Douleurs , de recouvrer le mode d'oraison que j'avais autrefois, et que j'ai perdu par mes longues infidélités. »

Nous avons peu de renseignements sur le mode d'oraison de M'"" Barat. D'ordinaire elle se nourrissait plutôt de sentiments que de spéculations, sans rechercher les hautes considérations et encore moins les étals extraordinaires. 'Elle disait de sainte Gertrude : « Ce que je lui envie, ce ne sont pas ses révélations, c'est son amour de Dieu. » Sa méditation se plaisait particulièrement parmi les mystères de la vie de Jésus, s'idcntifiant avec eux dans la célébration que la sainte Église en fait périodiquement : cette vie devenait sa vie.

A l'époque de l'Avent, on la voyait entrer dans un recueillement plus profond : « Si nous avions de la foi , disait-elle le 1" décembre 1861 , l'approche de la fêle de Noël nous plongerait dans un abîme d'humilité et de charité, à la vue de Celui qui n'a pas eu horreur de descendre dans le sein d'une vierge, comme s'exprime l'Eglise : Non Iiormisli virgiuis nlcnonf » A Noël, son cœur se dilatait. Elle recevait ce jour-là et gardait jusqu'à la fête de la Purification un enfant Jésus en cire qu'elle couvrait de caresses, le prenant sur ses genoux pendant ses prières, le pressant sur son cœur, l'appelant son tn'sor, son tout, et faisant avec lui d'amoureux colloques. En \XiV2, à l'approche de l'Avenl, elle

SON UNIOiN AUX MYSTÈRES DE JÉSUS -CHRIST 605

disait à ses sœurs : « On m'a défendu l'année dernière de baiser les pieds de l'enfant Jésus qui est à la chapelle, par crainte que je ne l'endommage : c'est une cruauté! Maintenant, cela m'est égal , j'en possède un à moi, et je pourrai l'embrasser autant que je voudrai. » Ailleurs cet amour s'élève à de hautes pensées : « Un Dieu, le Verbe de Dieu, la parole du Père, la sagesse éternelle se réduit au silence et ne l'interrompt que par des cris enfantins; un Dieu tout-puissant se soumet à d'humbles créatures... Ah! que l'orgueil vienne ici se confondre et expirer! Pour moi, le grand mystère que je ne puis m'expliquer, c'est qu'à la vue de la crèche une religieuse puisse encore tenir à l'amour-propre... Si la crèche ne nous apprend pas le renoncement absolu au fini, au créé, nous sommes des fous et des aveugles. Retournons aux Petites-Maisons du monde , il en est plein ! »

Le mystère de la Croix avait la même puissance sur cette âme, non-seulement unie, mais immolée à Dieu. Un jour, qui était le premier de la semaine sainte , elle arrive au noviciat : « Mes enfants , dit-elle , je viens mourir avec vous, mourir de la mort de Jésus pour renaître avec Lui! » Et une autre fois, s'adressant aux probanistes : « Nous allons nous en donner pendant cette grande semaine!... Nous en donner, j'entends, en fait d'abaissements, d'amour et de sacrifice ^ » Avec quelle humilité, le jeudi saint, elle s'agenouillait devant ses novices pour leur laver les pieds ! avec quelle religion elle les servait à table! Le vendredi saint, elle passait les heures où Notre- Seigneur resta sur la croix

1 Journal de la Probation, 17 avril 1859.

dans une application si parfaite à ses souffrances qu'on ne pouvait la tirer de sa méditation. Vers quatre heures elle semblait tout à coup soulagée. Un soir d'un de ces saints jours, elle arrive à la salle de communauté : « Enfin, mes chères enfants, s'écrie-t-elle en poussant un soupir de bonheur, enfin II ne souffre plus; on commence à revivre'. » On l'entendit s'écrier le jour de la fête des Cinq-Plaies de Notre- Seigneur, en 18ou : « Quel beau jour! il me semblait voir ce malin les plaies sacrées de Jésus-Christ, ces fontaines divines, couler avec abondance sur vos ûmes; car si son sang précieux se répand sur tous les hommes, combien plus doit-il inonder celles qui se donnent à Lui sans réserve^! » Le récit de la Passion la touchait si vivement qu'on ne pouvait plus le lire devant elle au réfectoire : elle avouait qu'il ne lui clait pas possible de manger en entendant parler des souffrances de son Epoux ^ Elle eût désire ces jours -là qu'on la crucifiât elle-même : « Ah ! écrivait- elle pendant une semaine sainte, lorsque l'on étudie Jésus-Christ dans ce mystère, on voudrait souflVir eu réparation jusqu'à la lin du monde, et encore au delà. »

Pâques la ressuscitait. En co grand jour, elle arrivait au milieu de Sfs filles comme transfigurée : « Mes bonnes filles, disait-elle, me voici ressuscilée, moi aussi; et comme il est dit (jue Jésus apparut à Simon, j'ai voulu apparaître à ma petite famille d'apùtres. » Ainsi en était- il des autres mystères glorieux. Une sœur coadjulricc rapporte (lu'un jour d'Ascension, elle

« IVm. ,lo M-"' du Chc^la», n. 83.

2 Journal de la inaimm mère, 10 mars 1K5!j, p. tJ'.'.

:j Icm. de M"" Z«|.lTel, n. H\8.

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