‹ Histoire de Madame BaratChapitre 267 sur 311 · SON AMOUR DU SAINT TABERNACLE · texte numérisé non relu

SON AMOUR DU SAINT TABERNACLE

la reconduisait dans sa chambre haute en lui donnant le bras , lorsque la vénérable mère se retournant vers elle avec un aimable sourire : « Ah! ma sœur, si seulement vous me montiez au ciel^ »

Ces ardeurs de l'amour dans M™^ Barat se concentraient sur Jésus présent et vivant dans l'Eucharistie. Le Tabernacle était son refuge, sa patrie, son ciel. On rapporte que le matin , dès avant cinq heures , lorsque la sacristine allait ouvrir la chapelle , elle trouvait l'impatiente adoratrice près de la porte, attendant en prière le moment d'entrer. Une fois là, devant l'autel, elle restait deux ou trois heures en oraison^ Souvent pendant la journée elle était prise d'une soif soudaine de Jésus- Christ : « Il y a bien longtemps que je n'ai vu Notre- Seigneur ! » l'entendait-on s'écrier. Un jour ayant été retenue par une longue visite qui avait beaucoup retardé son adoration , elle s'en plaignait en disant : « Hélas ! je n'ai pas vu Notre -Seigneur aujourd'hui : croyezvous, ma fille, que je puisse vivre comme cela^?» Quand elle était devant Dieu, dans sa petite tribune , tout disparaissait à ses regards. Immobile , les yeux baissés, elle ne voyait rien, elle ne s'apercevait de rien. Souvent on l'entendait répéter le nom de Jésus avec une inénarrable accentuation : «Mon maître, lui répétait-elle, vous êtes si bon, si puissant! » Elle lui disait encore : « Mon Dieu , pourquoi y a-t-il si peu d'àmes qui vous aiment?... Ah! si j'avais tous les cœurs! si du moins nous vous aimionsM » Sa physionomie parlait

1 Tém. de la sœur Viclorine Godefroy, n. 147.

2 Tém. de M'"= Claire Monnier, n. 41. — //., n. 6, 44.

3 Tém. de M'""= Faulquier, n. 95. — //., n. 02.

4 Tém. de la sœur Euphrosyne Gerbet, n. 149.

plus que ses lèvres. Plusieurs religieuses racontent l'avoir vue parfois s'avancer vers l'autel, s'approcher du tabernacle, et là, les mains jointes, implorant une grâce extraordinaire : « Oh ! ne me la refusez pas , il y a si longtemps que je vous la demande. » Pendant ses adorations il arrivait que les personnes de la communauté qui avaient affaire à elle, la voyant ainsi perdue dans la présence de Dieu, attendaient plusieurs minutes avant d'oser l'appeler. A la fin, s'approchant d'elle : « Ma mère, avez -vous fini? — Vous savez bien , ma sœur, que je n'ai jamais fini , » disait-elle avec unaccentenflammé. D'autres fois, on l'entendait prendre amoureusement congé du Tabernacle : « Il faut donc vous quitter, mon bon Sauveur, disait-elle, mais je vous retrouverait » Elle se retournait encore vers le Saint des saints; elle ne pouvait le quitter.

La communion consommait son intimité avec Jésus- Christ. La mère Barat communiait tous les jours, s'y préparant chaque fois par la confession. Dans ses dernières années, elle ne se confessait plus que tous les deux jours, ce qui lui faisait dire : « Je crois que je commence à me convertir. Demandez au bon Dieu de me convertir tout à fait, afin que je puisse, comme vous, mes enfants, ne plus me confesser qu'une fois la semaine*. » Elle s'accusait des moindfes fautes avec une telle componction qu'on reûl crue coupable de forfaits énormes. « Plusieurs fois, raconte une de ses religieuses, me confessant après elle, je trouvai l'accoudoir du confessionnal tout mouillé de ses larmes'. »

« TiJni. de la >œur Louise Bouvel, n. ÏK-. — //.. n. \H'>, '23i\. 2 Téin. lie M"" lili.iime Cu-'iiol, n. H7. a T.'iii. .!.• M"» (l'André, n. t'.ttV

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