ELLE AIME LE PAUVRE
les siennes propres. Aussitôt qu'elle voyait entrer dans sa chambre la religieuse chargée de ses distributions : « Eh bien, ma sœur, dites -moi comment vont nos amis? Tel et tel à qui vous avez donné telle chose ont-ils été contents..? Ah! quel bonheur de pouvoir faire quelques heureux! Les pauvres sont la bénédiction de la maison, et ce qui me rassure, c'est que je sais qu'ils sont toujours bien reçus ici^ » Une fois qu'étant souffrante elle avait fait porter des secours à une famille, la religieuse chargée de la commission ne revint que le soir lui rendre compte de la joie de ces infortunés : « Vous avez attendu bien tard pour m'apporter cette bonne nouvelle, lui dit M""® Barat avec émotion. Vous saviez pourtant que c'était le meilleur moyen de me donner une bonne journée et une heureuse nuit^! » Un pauvre a qui elle venait de procurer un vêtement neuf s'étant écrié en larmes : « Ah! que ne puis-je voir la mère générale, je lui baiserais les pieds! » M™® Barat rit beaucoup ; puis, ne songeant qu'à lui faire plaisir : « Et moi aussi, dit-elle à la portière, je serais bien aise de le voir. Prévenez-moi de son arrivée dès qu'il se présenterai » Un autre qu'elle avait nourri pendant quinze jours, ayant reçu d'elle de quoi acheter des souliers, voulut qu'on les portât à la mère générale : « Ça lui fera plaisir de voir* de si bons souliers! » M""" Barat tourna et retourna dans ses mains la chaussure diamantée d'un triple rang de gros clous. Elle était vraiment heureuse^
1 Noies de la sœur Servy. Doc. n. 9, p. 3.
2 Tém. de M"" Marie du Chélas, n. tiO.
3 Notes de la sœur Servy, p. 5.
4 Tém. de M"" Marie du Chélas, n. 50.
Dans ces dispositions, M'"*' Barat donnait largement, sans compter, instantanément. Sa première parole, quand on lui annonçait cju'un pauvre im])lorait son secours, était : « Que lui faut- il? » et souvent elle ajoutait à la somme demandée. Plusieurs fois Tcconome lui manifestant sa crainte qu'elle ne pût suffire à tant de charités : « Eh bien, répondait la mère générale, quand nous n'aurons plus rien, nous vendrons nos vases sacrés, plutôt que de laisser les malheureux dans le besoin'. » Un jour, la religieuse chargée du vestiaire lui faisant observer qu'elle donnait précisément ses meilleures chemises, et qu'elles étaient trop bonnes: « Trop bonnes, ma fille, reprit- elle, trop bonnes pour les pauvres ! mais je leur donnerais ma peau !» Et à une portière qui lui demandait comment elle ferait à sa place, à la vue de tant de pauvres qui assiégeaient la porte : « Moi , ma bonne fille, lui dit-elle en se prenant lalêlc entre les deux mains, moi, jeruinerais la Société. Le bon Dieu le savait bien : c'est pourquoi il n'a pas voulu que je fusse portière. »
Sa spontanéité à se dépouiller était telle, qu'elle no se rappelait plus ce qu'elle venait de donner. C'est ainsi (ju'un soir dMiivor, voyant arriviT un vieillard déguenillé qui grelottait de froid, elle demanda son manteau pour le lui envoyer : « Mais vous oubliez donc que vous l'avez donné ce malin, p lui dit la portière. Un jour la sœur chargée du soin de ses habits, ayant liuuvé Tiu moire absolument vide : « l-^nlin, vous serez content.', lui dit-cil. • .ruii loii de reprocli.', à foret» de doiujcr vous n'avc/. plus lurnie de (juoi changer de
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