SES GÉNÉREUSES AUMONES
linge. Les gens que vous secourez sont moins pauvres que vous. Est-ce donc pour rien que vous êtes supérieure générale? » M""® Barat sourit : « Pardonnez-moi, ma bonne sœur, la supérieure générale trouvera sans peine quelqu'un qui lui fera la charité; tandis que mes bonnes gens auraient certainement cherché plus long-temps que moi*. ■»
j^jme Parai donnait avec persévérance. Une jeune orpheline que le Sacré-Cœur avait déjà secourue, habillée, replacée dans sa famille en province, revint encore à, Paris, où elle fut de nouveau assistée et vêtue par la mère Barat. Mais, quand au bout de six mois elle se représenta, traînant sa robe en haillons, la portière refusa d'abord de la recevoir. « Allez, dit l'indigente, allez du moins parler de moi à la mère générale; j'en suis sûre, elle aura pitié de ma misère. » La sœur l'alla prévenir, mais en ajoutant que sa protégée était une dissipatrice qui revenait à la charge pour la troisième fois : « Et vous , ma sœur, répondit tranquillement la sainte mère, n'avez-vous été que trois fois à Notre- Seigneur? » Un nouveau trousseau fut clierché tout de suite pour la mendiante ; et comme il y manquait encore des chaussures : « Eh bien, dit M"*® Barat, que l'une de nous donne ses souliers, que l'autre donne ses bas; mais hâtez-vous avant qu'on ne sorte du réfectoire, car nous serions vues... » Elle ajouta à ces dons une petite somme d'argent, afin que la pauvre enfant pût attendre le moment d'en gagner elle-même ^
Les défauts, même les vices de ses protégés, ne lassaient pas la charité de la mère générale. Une pauvre
' Tétn. de M'"<^ Anna de Lommessem, n. 56. 2 Notes de la sœur Servy, p. 9. Doc. n. 9.
femme infirme était logée, meublée, entretenue, nourrie par M"'" Bai'at, qui, voyant sa répugnance à entrer à l'hôpital, la faisait à ses frais soigner à domicile. Un jour que l'indigente tardait à venir la voir, elle l'envoya chercher, s'assit) auprès d'elle, lui prenant les mains, et sans considérer son état maladif, malpropre et rebutant, l'embrassa avec affection. Cependant les sœurs s'étaient aperçues que la malheureuse tombait fréquemment dans l'ivresse. En vain M"*" Barat refusa-t-elle de le croire; après plusieurs rechutes trop bien constatées, elle se décida à lui signifier qu'elle n-e serait plus reçue. Elle n'en continua pas moins à lui faire passer ses secours ordinaires, en lui laissant ignorer la source d'où ils venaient. Mais elle était inquiète, et il n'y avait guère de jour où elle ne demandât : « Ne sait-on rien de ma pauvre femme? Si elle revient et s'humilie, ne manquez pas de la recevoir. » A peine quinze jours écoulés, elle revint, fit des promesses qu'elle oublia encore; mais à la moindre marque de repentir ou d'amendement, elle voyait s'ouvrir pour elle le cœur comme la main de iM'"" Barat.
La charité de la douce mère fut très-souvent trompée de cette manière-là. i3ien des fois son médecin, qu'elle avait prié de visiter ses pauvres, vint lui apprendre l'abus qu'on faisait de sa bonté : « Vraiment, M. Bauchct? lui répondait - clic naïvemenl; eh bien, pronjetlez-moi que vous y lelournerez encore pour leur l'aire du bien. »
M'"" Barat donnait avec une lendrcsse divine : c'est un autre caractère de sa charilé. Son auniônc ne s'arrêtait |)as au ^tiicl nécessaire; elle aimail le mallicureux comme un l'ère de ri'>glise a dit (pic I»i(Mi nous aime,