SA TENDRESSE POUR LES PAUVRES
nsque ad delicias, jusqu'à 'une sorte de gâterie. Un pauvre demandant l'aumône pour avoir du tabac, la sœur, mauvais jug-e en semblable matière, estima qu'il n'y avait pas lieu d'encourager cette consommation de luxe : <( Mais non, dit M""" Barat, ce n'est pas du superflu, du moment où le brave homme en ressent le besoin et que cela lui fait plaisir. » Apprenant un autre jour qu'un de ses protégés doit recevoir chez lui ses parents de la province, venus à Paris à l'occasion du 15 août, elle fait porter chez lui un repas copieux : « 11 faut, dit-elle, que ces braves gens s'aperçoivent que c'est bonne fête^ » Un facteur de la poste avait ses préférenes, parce qu'il ne la nommait jamais que la sœur Barat. Celle-ci défendit à ses filles de l'en reprendre : « Laissez-le dire, c'est bien ainsi qu'il doit me nommer; c'est vous qui n'entendez rien à ces choses -là. » Elle le combla de bienveillance ainsi que ses enfants; et ayant eu le bonheur de l'amener à faire sa communion pascale, elle lui fit servir ce jour-là au Sacré- Coeur, non-seulement à lui, mais à toute sa famille, un petit repas qu'elle eût voulu pouvoir présider elle-même^
Nous avons pris, entre mille, quelques-uns des traits de l'inépuisable charité de M""® Barat. La séraphique Thérèse avait donc raison de dire : « Plus nous profitons en l'amour de Dieu, plus nous avançons dans l'amour du prochain. » Ainsi en fut-il de la mère Barat. Elle aima comme Jésus, avec religion, compassion, tendresse. Elle donna comme Jésus, avec magnificence, avec persévérance; elle donna le pain du corps, elle donna le pain du cœur qui est la charité; elle donna le pain de
1 Notes de la sœur yervy. Doc. n. 9, pp. 7, 8.
2 Ibid., p. o.
l'esprit qui est la vérité; cHe se fût donnée elle-même. Quelqu'un a dit « qu'elle avait la tôle de saint Ignace et le cœur de sainte Thérèse ». Me sera-t-il permis d'ajouter aussi qu'elle avait quelque chose du cœur de saint Vincent de Paul?
Un grand écrivain a dit : « Après le regard de Dieu sur l'homme, il n'en est pas de plus tendre que celui qui descend du vieillard sur l'enfant. » C'était une autre des tendresses de M""® Barat, particulièrement dans ces dernières années. A cette époque plus que jamais, les enfants étaient devenus sa vie, son repos, son rajeunissement, et, comme elle disait, « la rosée de son âme. » Etant aux Feuillantines, elle éprouva un tel vide de ne plus jouir de la société des élèves, qu'elle se hâta d'écrire à une de leurs maîtresses : « Ma fille, j'ai faim d'enfants. Mettez-moi les plus petites dans une grande voiture, et amenez-les-moi pour leur congé. .J'aurai pourvu à leur goûter dans le jardin'. » Bientôt le voisinage de la nouvelle maison mère et du pensionnat lui permettant de recevoir facilement leurs visites, elle les faisait asseoir sous un grand cèdre qu'elle-même avait planté, lors de l'installation à l'hôtel Biron, et elle tirait de sa mémoire des récits agréables qui gravaient l'amour de Dieu dans leurs âmes. Elle disait : « Pour une seule âme d'enfant j'aurais fondé la Société. » Et à une des maîtresses : « .le viens de rencontrer une troupe de vos enfants, (piittant joyeusement la rérn'ation pour visiter Notre-Seigneur. Ah! mes chères lilles, que je vous estime heureuses de mettre l'amour de Jésus -Christ dans ces âmes ! Que je me trouverais bien
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