SON AMOUK POUR LES ENFANTS
là! Mais apparemment je n'en étais pas digne'. » Le soir d'une solennité de première communion on l'entendait répéter : « Oh! mes filles, n'y eût-il que la joie d'un pareil jour, c'en serait assez pour nous payer de tous nos sacrifices ^ »
Cependant elle commençait dès lors à prendre congé de celte petite famille. Le 21 juillet 1862, après avoir reçu leurs vœux de fête, M™^ Barat leur dit que la seule chose qui la consolait de vieillir était l'espérance de les revoir au ciel : « J'irai bientôt vous y attendre. Et vous-mêmes, voulez-vous y aller un jour? — Oui, oui, nous le voulons! — Voulez -vous me promettre de ne jamais offenser Dieu mortellement? — Oui, nous le promettons, répondirent deux cents voix. — Eh bien! nous serons ensemble pendant toute l'éternité. » Ces dernières paroles furent dites d'un accent sonore et énergique; la voix lui était revenue. Alors elle resta debout pendant plusieurs instants, les yeux et les mains levés vers le ciel, implorant de Dieu la bénédiction qu'elle donna ensuite à sa nombreuse famille. Une de ses filles ayant dit en lui baisant la main : « Je veux vous consoler, ma mère. — Hâtez-vous! » répondit-elle. Elle sentait approcher l'heure du rendez-vous qu'elle venait de donner.
L'Écriture a dit que « le Seigneur ouvre sa main divine et remplit tout être vivant de sa bénédiction »; et l'Évangile nous apprend que le moindre passereau ne tombe pas à terre sans la permission de notre Père céleste. Le fleuve d'amour qui, sorti d'une source divine, coulait dans le cœur de M""" Barat, descendait jusqu'à la
1 ïém. de M"' S. du Chélas, n. 83.
2 Notes de M"" Clémence Marie. Doc. n, 53.
63t HISTOIRE DE MADAME BARAT
région inférieure de la création. Elle disait, en parlant des animaux : « Ces êtres n'ayant aucun bonheur à attendre après la vie, il faut leur rendre celle-ci aussi heureuse qu'on le peut. » — « Nous sommes leurs pourvoyeurs, disait-elle encore, et comme ils ne peuvent faire connaître eux-mêmes leurs besoins, tâchons de les comprendre. » Ayant vu un jour certaine sœur maltraiter sans raison de pauvres bêtes, elle déclara que cette fille n'avait pas bon cœur et prédit qu'elle sortirait de la Société.
Après les traits nombreux de bonté secourable que nous avons déjà cités, nous pourrions en produire de plus nombreux encore. Ici, c'est un agneau attardé dans la campagne qu'elle prend dans ses bras, et porte jusqu'au troupeau dans la prairie voisine. Là , c'est un pauvre mouton embourbé qu'elle retire d'un trou de chaux, au risque d'y rester elle-même. Ailleurs, c'est une troupe de moineaux pour qui elle a soin de faire chaque jour balayer la neige, afin qu'ils trouvent à terre le grain qu'elle leur jetait. Elle protégeait au printemps les nids qui peuplaient les jardins de la maison mère, et commandait à ses filles de se tenir à distance. Elle protégeait les fourmis, les araignées, les mouches. Une mouche venue chci'clier un pou de chaleur dans sa chambre, y rerul, pendant tout l'hiver, protection, asile et nouiiilure; et, comme ce soin paraissait puéril à plusieurs : « l^endons heureuse, dit-elle, toute créature du bon Dieu : voilà mon principe; puis, advienne que pourra. »
Nous savons déjà comment tous ces êtres animes la payaient de retour. < »n en rapporte mille Irails. Ici des oiseaux cnviKiniienl .-a voiture au moment de son