‹ Histoire de Madame BaratChapitre 278 sur 311 · SA UONTÉ POUR LES ANIMAUX · texte numérisé non relu

SA UONTÉ POUR LES ANIMAUX

départ d'une de ses maisons, pénètrent par les portières et la saluent de leurs chants. Là, une chatte habitante de Gonflans vient, à chacun des voyages de la clémente mère, poser un à un ses nouveau -nés à ses pieds comme pour les placer sous sa protection... Les souvenirs contemporains sont inépuisables sur ce sujet. Ceux qui voyaient ces faits se rappelaient les scènes de familiarité des anciens Pères du désert avec les plus humbles créatures de Dieu. « Faut- il s'étonner, dit Bède, si celui qui obéit loyalement et fidèlement au Créateur de l'univers, voit à son tour les créatures obéir à ses vœux? » Deux mille ans avant la rédemption, dans les solitudes de l'Idumée, il avait été prédit au juste réconcilié qu'il vivrait en paix avec les bêtes de la terre*.

Finissons en disant que cette bonté s'étendait aux existences de tout degré. M'"'' Barat avait soin des arbres, des plantes, des fruits, et plus spécialement des fleurs, comme une des manifestations les plus délicates de la tendresse divine. C'était à ses yeux des êtres à respecter, des chefs-d'œuvre à admirer, des existences à rendre heureuses dans la limite de leur destination. Que de fois ne l'a-t-on pas vue s'arrêter en contemplation devant un arbre chargé d'une abondante récolte, une herbe des champs , un parterre fleuri ! Quelquefois elle ramassait les fleurs languissantes que les élèves avaient arrachées de leurs jardinets, et elle demandait à un jardinier de les faire fleurir encore quelques jours , j' our la gloire de Dieu. S'apercevant un jour que l'on mettait au rebut

< " Et bestiœ terrée pacificée erunl tibi ». (Job. v, 23. j Beda in vita S. Cuthb. cap. xin, cité par M. de Montalembert, Moines d'Occident, t. II, p. 424.

des bouquets à peine flélris, elle en fut mécontente : « Dieu, dit-elle, s'est donné le soin de faire de si belles choses pour vous, et vous ne prenez pas celui de prolonger un peu leur existence! »

Voilà les saints. Des régions de la foi et de l'union à Dieu où leur âme habile, ils font descendre la charité partout où ils trouvent l'image, la main, la trace de Celui qu'ils aiment par-dessus toute chose , mais en aimant toutes choses pour l'amour de Lui. Voilà ce que j'ai nommé l'effusion de l'amour. Cependant, sur ce sommet de l'amour divin, le regard s'illumine de clartés surnaturelles : c'est le premier rayon de la lumière de gloire. Là aussi, la vertu commence à entrer dans les énergies divines : c'est la grâce qui se transforme en puissance céleste. Quelques-uns de ces dons extraordinaires étaient dès lors remarqués avec étonnement dans M"'*' Barat.

Plusieurs de ses filles lui attribuaient la puissance de lire dans le fond des âmes. « Après un entretien avec notre mère, dit l'une, voyant comment elle avait pénétré dans mon intérieur, je restai convaincue qu'elle connaissait les choses les plus intimes ; et lorsque j'avais fait quelque manquement, j'avais soin d'aller le lui avouer aussitôt, persuadée que, d'ailleurs, elle le savait déjà^ » — « 11 me semblait, dit une autre, que si je n'eusse pas été en état de grâce elle l'aurait deviné, et ne m'aurait pas traitée comme elle le faisait*. » Elle entendait à dislance le cri des âmes en détresse, l'nc jeune fille arrivée à Paris dans un hôtel, très-souffianli^ et en proie à de secrètes angoisses qui lui occa-

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SES DONS SUHN'ATLKELS 037

sionnaient la fièvre et le délire, n'avait cessé toute la nuit d'appeler celle qu'elle nommait « sa chère mère Barat », la suppliant de loin de ne pas l'abandonner. Le lendemain, M""^ Barat, répondant à celte âme, envoyait prendre des nouvelles de sa nuit de délire, lui donnant l'assurance qu'elle serait toujours sa mère, et qu'elle ne l'abandonnerait jamais. Comment avait- elle connu son arrivée à Paris, son adresse, sa souffiance, sa prière? On ne put jamais le savoir^

Il semblait aussi que l'autre monde lui livrait ses secrets. « C'est ainsi qu'entrant un soir vers six heures dans sa chambre, raconte une mère vicaire, je la trouvai assise près de sa fenêtre, l'air fort sérieux et visiblement préoccupée. Sans prêter attention à ce que je lui disais, elle m'interrompit : « Ma chère fille, dit- « elle, si vous voulez me faire plaisir, vous demanderez « des messes pour telle des nôtres qui vient de mourir « en Italie. Elle a besoin de prières. » Elle me fit ensuite comprendre que cette personne venait de se montrer à elle et avait imploré le secours de ses suffrages ^ » Des faits analogues se reproduisirent plus d'une fois.

Enfin on attribuait à sa prière le pouvoir de calmer les éléments. « Pendant une nuit d'orage, raconte une religieuse de la maison de Paris, j'entrai dans la chambre de notre révérende mère, qui était malade. Je la trouvai debout avec les traits contractés et bouleversés. Elle ne me dit que ces mots : « Il faut aller « prier tout de suite, allons à la chapelle. » Elle y resta

1 Téni. de Af""^ de Chauvicourt. Doc. 1871.

2 Téni. de M'"= de Mandon. Doc. n. 70.

longtemps, et quoique le tonnerre grondât à ébranler la maison, elle sortit avec un visage serein, rayonnant même, et demanda qu'on s'unît à elle pour remercier Dieu : elle se sentait exaucée ^ » Elle en était venue à croire que la prière était capable de conjurer tous les malheurs. Dans le mois de mai 1862, un effroyable incendie ayant dévoré la maison de Blumenthal, la première parole de M"*^ Barat en apprenant ce désastre fut pour demander : « Eh quoi! il ne s'est donc pas trouvé dans celte maison une âme de prière? »

Après ce portrait, on ne s'étonnera pas que les contemporains, témoins des vertus de M""" Barat, l'aient déjà, par avance, placée sur les autels. L'un disait, par exemple : « C'est une sainte Chantai, mais couronnée de l'auréole de la virginité, et tout imbibée de la suavité du Cœur de Jésus ^ » Une espagnole l'appelait « une autre sainte Thérèse aimable et spirituelle », sauta amable y despejada^. Un saint religieux a dit : « L'àme de cette mère est un cristal où le Soleil de justice pénètre sans obstacle. Voilà pourquoi il répand la lumière de la foi et la chaleur de la vie '*. » IM^ Dupont, archevêque de Bourges , disait que « son humilité était capable de ravir Dieu, les anges et les saints ». M^ Tâché, évoque de Saint- Boniface, en Amérique, étant revenu d'Europe, rendait ainsi compte de son impression : « Les deux plus grands souvenirs que j'ai gardés de mon voyage, c'est celui de l'audience du

• Téin. de M'"" Élianne Ciiënot, n. 87.

2 Tcm., n. 121.

3 Maria de los Angeles, n. î>2.

♦ Le V. Hon, d'a|)rè» le témoignage de M»' Ilonoriiio Guériii Lacoinlie, n. WJ.

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