SA RÉPUTATION DE SAINTETÉ
Saint -Père Pie IX, puis celui de mon entretien avec M"'' Barat'. »
On voulait donc la voir, l'entendre, la consulter. Vers 1847, un jeune prêlre se présente et insiste pour être reçu auprès de M""^ Barat « que, dit -il, il ne connaît pas, mais qu'il sait être une femme d'un excellent conseil ». Le visilcur était M. l'abbé Gratry, alors aumônier de l'École normale supérieure. Au sortir de sa visite, il était subjugué : « J'ai trouvé bien au delà de ce qu'on m'avait annoncé, disait- il; tout ce qu'on m'en a dit n'approche pas de ce qu'elle est. » Il la revit souvent, il la consultait, il recevait ses conseils. Que n'a-t-il pu les recevoir quelques années plus tard! Il l'appelait sa mère : « Le croiriez-vous? disait-il, quand je venais la voir, elle voulait bien me donner sa bénédiction. »
Le comte de Montalembert, à qui le Père Gratry avait parlé de cette sainte, souhaita aussi de la voir, comme une illustration : c'est le nom qu'il lui donnait. Il ne l'obtint pas sans peine, car l'éloquent visiteur était lui-même annoncé comme une illustration, ce qui avait effrayé l'humble mère générale. L'ordre de son confesseur, qui se trouvait présent, la décida à descendre, appuyée sur deux sœurs qui soutenaient ses pas. M. de Montalembert demeura profondément frappé de cette entrevue : « J'ai eu le bonheur de voir et d'entendre M™® Barat, écrivait-il à sa fille le 21 juin 1864. Je ne saurais assez vous dire combien cette visite m'a ému et intéressé... Quand je l'ai vue s'en aller, appuyée sur ses deux religieuses, il m'a semblé voir Moïse sur
1 Tém. de M"" Moncheur, n. 162,
cette montagne où deux Israélites lui tenaient les bras en Pair pendant qu'il invoquait le Seigneur. Toutes les religieuses du Sacré-Cœur que j'ai rencontrées jusqu'à présent m'ont plu ; mais celte vénérable mère m'a charmé plus que toutes les autres^ »
Cependant, quelles que fussent les vertus qui excitaient ces admirations, elles n'étaient que le pâle reflet de celte splendeur intime dont Noire-Seigneur disait à une de ses épouses : « Si tu pouvais voir la beauté d'une âme en grâce avec moi, c'est la dernière chose que tu verrais ici-bas, car tu en mourrais d'amour. » La vision béalifique nous donnera ce specLacle, « alors que, dit l'Apôtre, voyant Dieu comme il est, nous serons semblables à Lui. » Mais l'amour, dès ici-bas, ne commence-t-il pas cette transformation? « L'àme, dit saint Augustin, est laide parle péché; elle se rend belle en aimant Dieu. Plus son amour grandit, plus grandit sa beauté, parce que la charité est la beauté de l'àme*. >»
1 A ^f"" Catherine de Montalembert. La Roche en Breny, 21 juin 18&4.
2 <( Anima noslra fœda est per iniquitalem ; amando Deum pulchra elficilur. (Juanlum in te crescit amor, tanlum crescil pulchriludo. Quia ipsa charilas est animœ pulchriludo. » (S. Aug., Iracl. ix , in Epist. 1 Joan.)