‹ Histoire de Madame BaratChapitre 280 sur 311 · DERNIERS JOURS ET MORT DE MADAME BARAT · texte numérisé non relu

DERNIERS JOURS ET MORT DE MADAME BARAT

Physionomie de M™« Barat. — La débilité de ses derniers jours. — Elle se décliarge sur sa vicaire générale. — Mort de M""= Gertrude de Brou. — Aspirations de la mère Barat vers le ciel. — Elle fait ses adieux à plusieurs de ses filles. — Elle veut qu'on donne tout à Dieu. — Ses entretiens de la semaine sainte et de Pâques. — Son amabilité croissante. — La fête du Bon Pasteur. — Elle semble renaître. — Elle regrette le berceau d'Amiens. — Ses lettres d'adieu et de rendez-vous au ciel. — Les fêtes et joies de mai. — Elle bénit les plus petites enfants. — Sa dernière visite à la communauté : Jeudi nous allons au ciel. — Son adieu aux coadjutrices : l'humilité. — Belle lettre à M™» Mayer. — Son oraison du lundi. — L'attaque d'apoplexie. — Ses dernières paroles. — Sa fin silencieuse. — Le viatique et l'extrême -onction. — Signes de connaissance et bénédictions. — Sa douce mort au soir de l'Ascension. — Ses obsèques. — Son testament. — Témoignage de sa sainteté. — Son éloge par l'évêque d'Arras. — Conclusion.

Malgré une santé originairement faible, continuellement chancelante , et vingt fois exposée aux derniers périls, la vie de M'"" Barat s'était prolongée au delà des limites communes de Texistence humaine. A cette complexion grêle qui, pendant la première moitié de sa carrière, avait fait craindre de la voir brisée avant l'âge, avait succédé, surtout depuis l'état sédentaire nécessité par son infirmité de 1829 à 1832, une apparence

plus forte et des formes plus amples : M'"^ Barat s'était

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assise dans la vie. Elle-même sentit dès lors, que son exil n'était pas près de finir, et que Dieu allait condamner son amour à ce que Bossuel appelle le martyre d'une longue vie, le martyre de saint Jean.

Nous ne possédons pas de portrait authentique de ^.jme ]3apal. Son humilité s'est constamment refusée aux sollicitations des plus hauts personnages, ainsi qu'aux tentatives répétées et malheureuses que Ton fit pour le prendre. Celui que nous plaçons en tète de ce volume n'a été fait que de souvenir, et, si fidèle qu'on ait cherché à le donner, il n'est guère là que pour démontrer une fois de plus combien il est peu au pouvoir du burin de rendre cette insaisissable physionomie.

La physionomie était tout en effet chez M"'^ Barat : c'était le refiet de son âme. Sa taille était petite, et un peu affaissée dans ses dernières années. Elle n'avait pas ce que le monde appelle un grand air, mais l'ensemble de ses traits délicats et fins possédait une indéfinissable l)uissance d'attraction. Un front noble et haut, un nez. légèrement arqué, les pommettes et le menton un peu proéminents, donnaient à son visage un caractère d'énergie et de décision que tempérait l'expression générale de la bonté. Sa bouche fort gracieuse avait un sourire d'un charme irrésistible; et ses mains, qu'elle tenait souvent jointes en parlant, s'ouvraient devant les personnes aimées ou souffrantes, avec une expansion qui rappelait le Venitead me de l'Évangile. Sa tête, d'ordinaire un peu penchée en avant, se relevait comme sous le ressort de tous les sentiments (jui venaient à loucher son âme, en laissant voir un n-il pétillant d'intelligence et di; finesse. Tant qu'elle conserva le libre usage de ses membres, ses gestes aisés et simples, pleins d'une

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