SON PORTRAIT
bonne grâce innée, avaient une promptitude extraordinaire. Il en était surtout ainsi de sa démarche, qui, malgré une sorte d'oscillation, était si vive, si légère, qu'on lui eût cru des ailes. Son teint brun foncé s'animait et se colorait dans le feu du discours : tout parlait dans sa personne. Mais cette vivacité n'était pa^ chez elle une impétuosité aveugle : sa parole mesurée, sobre, précise, toujours maîtresse d'elle-même, dénotait un esprit contenu par la grâce et qui se tenait captif sous la main de Dieu. L'humilité et le recueillement enveloppaient tout cet ensemble d'une sorte de voile divin. L'éminente sainteté n'en apparaissait que mieux; et la vie surnaturelle, rejaillissant pour ainsi dire du dedans au dehors, montrait aux yeux quelque chose de ce que saint Chrysostome a nommé « la face anticipée du royaume des cieux* ».
Nous avons vu que les organes de M""® Barat ne lui prêtaient plus, à la fm de sa vie, qu'un service paralysé par l'infirmité; ses jambes ne la portaient plus, sa voix se faisait à peine entendre, elle ne dormait presque pas, ne mangeait presque rien. « Sa vie, disait quelqu'un, était une sorte de miracle que Dieu saurait prolonger tant qu'il serait nécessaire pour procurer sa gloire^ »
Évidemment, le principal des desseins de Dieu en prolongeant ses jours, était de lui laisser le temps d'initier et de former au gouvernement la vicaire générale qu'elle s'était adjointe à la fm du conseil de 1864. Dans des entretiens aussi prolongés que le permettaient ses forces, la fondatrice confiait à M™^ Gœtz ses vues,
1 « Quando nos vidèbuut , quasi faciem regni cœlorum aspicienl. » [Ilomil. 44, m MaUh.)
2 Témoignage vapporlé par M'"" M. Zuepffel.
ses plans, accompagnés de ses regrets d'avoir si mal régi la congrégation. Elle se déchargeait sur elle des plus graves afi'aires, et voulait que toutes lui fussent fidèlement communiquées : « Attendez, répondait- elle aux observations des supérieures vicaires, il faut appeler la mère Gœlz pour qu'elle entende ceci. » La vicaire générale écoutait, prenait des notes, se pénétrait de l'esprit et des intentions de la fondatrice'. Elie se dépouillait déjà de son manteau en faveur de son Elisée qui ne le quittait plus.
Cependant un grand deuil vint encore relever vers l'éternité le regard de la sainte mère. Le 13 décembre 18G4,lejour même oij elle eut ses quatre-vingt-cinq ans, elle perdit une de ses assistantes générales, M"'Hiertrude de Brou. Celle-ci avait dit à son infirmière : « Quand une religieuse reçoit l'annonce que son existence est terminée, quelles grâces de paix, de courage, de confiance Dieu lui donne alors. » Près de mourir elle remercia la mère générale de l'avoir admise dans une Société où elle avait coulé des jours si heureux. Ses dernières paroles furent : « Seigneur Jésus, mon Tout, venez chercher votre épouse; conduisez-moi, placez-moi dans votre éternité". »
M""' Barat n'avait jamais tant désiré d'être réunie, elle aussi, à l'Epoux des vierges. « Encore qu'il ail plu au l^ère céleste, dit Bossuet, de ne recevoir ses iidèles en son éternel sanctuaire qu'après qu'ils auront fini cette vie; néanmoins il semble se repentir do les avoir remis à un si long terme. 11 leur ouvre son j^aradis \)nv
> V. Notire stir lu mh'c Gœtz . cli. ix. 2 Letlr. anu., \HG3-\mZ. p. xxxviii-i x.