‹ Histoire de Madame BaratChapitre 283 sur 311 · LES FÊTES PASCALES · texte numérisé non relu

LES FÊTES PASCALES

Le dimanche du Bon-Pasteur, on la revit encore en recréation , elle n'avait plus de voix ; mais ayant entendu une petite poésie dans laquelle ses filles la représentaient sous l'image du fidèle Berger, elle retrouva la parole pour les quereller un peu: «Sans doute, leur dit-elle, cette pièce n'a pas manqué d'émouvoir mon âme, car mon âme vit encore, mais il est impossible que je prenne cela pour moi... Comment se peut-il faire qu'ayant un peu de bon sens, le bon sens de tout le monde, je ne me trouve pas du tout d'accord avec vous qui en avez plus que moi? Et d'autre part comment croire que des filles si vertueuses puissent faire des mensonges?... Il n'y a qu'un moyen de débrouiller cela, c'est de penser que ces belles choses s'adressent à Jésus, que, malgré mon néant, je représente auprès de vous. » Elle préconisa alors les miséricordes de Jésus-Christ pasteur, sauveur et rédempteur , puis exhorta le troupeau à lui être fidèle. « Que s'il en est ainsi, nous n'aurons qu'à remercier le véritable bon Pasteur de vous avoir données à cette vieille brebis pour l'aider dans son travail, jusqu'à ce qu'il la rappelle à son bercail éternel ^ »

jy^me garât parut renaître avec le printemps. Tout en elle semblait croître , les forces , la gaieté ainsi que la sainteté. Heureuse de cette sorte de résurrection, M™* Gœtz disait : « Notre mère générale a encore pour dix ans de vie, » et secrètement peut-être elle se flattait de l'espérance de la devancer dans l'éternité.

Mais telles n'étaient pas les pensées de M™^ Barat. On la voyait, au contraire, prendre tranquillement congé de

1 Journal, 30 avriL

tout ce qui lui était cher : les souvenirs, les choses, les personnes, les lieux.

Une triste nécessité condamnait alors le Sacré-Cœur d'Amiens à démolir les restes de l'ancienne maison qui avait vu la naissance de la Société. M'"" Barat écrivait : « Je veux encore la revoir si Jésus le permet; il me donnera la force de lui dire un dernier adieu. Il y a sur ces vieilles murailles des souvenirs si touchants! Puissent ces souvenirs demeurer à jamais dans nos âmes, en inspirant à toutes Timilation des vertus dont ces murs ont été témoins. Alors nous ne regretterons plus ces masures, l'amour du Sacré-Cœur étant gravé dans nos âmes avec le burin du fer rougi... » Une autre lettre disait : « Ce bien-aimé berceau de la Société me devient plus cher à mesure que les années m'en éloignent davantage; c'est ainsi que les extrémités se rapprochent. Ah! me sera- 1- il donné de le revoir jamais? Jésus le sait; nous ne voulons que son bon plaisir'. » On l'attendait à Amiens, dans le courant de l'été I860, pour la bénédiction de la nouvelle chapelle : « Je serai heureuse de m'y rendre, écrivait-elle en mars. Les souvenirs que nous trouverons dans ce berceau centupleront notre reconnaissance envers Jésus-Christ, pour la vocation que nous y avons reçue-. » Le sacrifice qu'imposait à M"'° Barat la disparition de cette ancienne relicpie fut sans compensation; elle ne revit plus Amiens, et à l'époque où se fit la consécration de l'église du Berceau, la fondatrice n'était plus de ce monde.

Son àme s'en détachait chaque jour davantage; et en examinant toutes ses lettres écrites dans ces der-

1 A M- Royer, 6aoiU ISfiO d H nvril t8r.2. ? paris, 22 mars \HC:.\.

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