SES DERNIÈRES LETTRES
nières semaines, il n'en est pas une seule où ne se trouve un adieu ou un rendez-vous dans réternité. Le 23 mars, elle écrit à M. l'abbé Dusaussoy, son neveu : « Ne m'oubliez pas dans vos saints sacrifices. J'approche de ma fin , et mon affaiblissement me la présage comme très-prochain. Aidez-moi donc à obtenir les miséricordes du Seigneur, j'en aurai grand besoin. » Le 22 avril, s'adressant à la mère de Portes : « Votre mère en vieillissant perd ses forces, ses yeux, même sa mémoire de l'esprit; mais la mémoire du cœur, oh! elle augmente plutôt ! C'est vous dire que je ne puis vous oublier, ma fille. Nous reverrons-nous encore? à cette question mes regards se tournent vers le ciel. Ah! priez pour votre mère, afin qu'elle y trouve bientôt son asile, par la miséricorde du Cœur de Jésus. Quatrevingt-cinq ans! si j'avais mieux travaillé, cette vie se serait terminée plus tôt, car je suis bien près du terme. Obtenez du moins que je me hâte de réparer. » Le 29 avril, on l'entend s'écrier : « Ah! que les années s'écoulent rapidement! Arrive le terme: qu'on est heureux alors d'avoir combattu, d'avoir aimé et imité Jésus doux et humble! Je ne pense pas, ma fille , que vous parveniez comme votre mère générale à quatre-vingtcinq ans. Eh bien, cette longue vie me paraît être un songe à côté de l'éternité. Hâtons-nous donc de remplir le reste de nos jours de vertus et de mérites'. »
C'est ainsi que pendant ces jours consacrés à la vie glorifiée de Jésus , non-seulement M™^ Barat portait ses yeux vers le ciel, mais elle y faisait tendre tous les désirs de ses filles. Le 15 mai elle écrivait : « Nous qui
i A M""= Victoire de Joigny. Paris, 29 avril 1865.
avons blanchi au service de Jésus dans la vocation la plus parfaite, nous devrions être arrivées au sommet de la perlection. Je le suppose pour vous, chère Alexandrinc, mais que votre mère en est encore loin* ! » Même retour sur le passé, même humilité, même vue de sa fin imminente dans les lignes suivantes écrites le lendemain : « Combien j'ai à craindre d'avoir arrêté la source des bénédictions célestes sur la Société! Le temps m'échappe : ah! aidez- moi à le réparer-. » Enfin le 20 elle adresse ce suprême adieu aux jeunes enfants de la famille de Nicolay : « Ces aimables enfants, dans peu de temps, chère Marie, je ne les reverrai plus. Mais, élevés comme ils sont, notre séparation ne sera qu'un passage. Qu'il sera doux un jour aux tantes et à l'amie de cette vertueuse famille de se retrouver sans fin! Ah! priez que Notre -Seigneur me fasse cette miséricorde^! »
Le printemps, le mois de Marie, le temps pascal, la première communion du pensionnat réunissaient leurs joies pour faire en elle une fête, prélude d'une plus grande. Le 9 mai elle reçut une députation du petit pensionnat sous le cèdre du jardin, distribua aux enfants des fruits accompagnés de maternelles paroles, et leur fit promettre de n'ofi^enser jamais Dieu : « A celte condition, mes petites, leur dit-elle, nous nous retrouverons là-haut avec Jésus, Marie, que vous aimez, n'est-ce pas? » KUe leur donna ensuite sa bénédiction : la dernicie bénédiction donnée par elle à l'enfance qu'elle avait tant aimée. Le lendemain elle écrivait à M""" Pre-
< A M"" Alex, de Hicncoml, 11) mai 18()0.
- A M"" ('.himonline Van Mal<olo, 16 mai ISCS.
3 A M'"' Mari"' de Nirolnj , 2(1 mai l8iV».