SA DERNIERE MALADIE
édifiantes qu'une supérieure avait dites à ses derniers instants : « Et vous, ma mère, demanda une des personnes présentes, ne direz- vous rien à vos filles quand vous les quitterez? — Ah! si Dieu m'exauce, répondit M"^ Barat, je ne dirai rien du tout ; on n'aura pas à répéter mes dernières paroles^ » Le vœu de son humilité s'accomplissait.
On s'empressa de lui conférer les derniers sacrements. A dix heures, le Père Gamard de la Compagnie de Jésus, son directeur, la confessa par signes, lui donna l'absolution, et lui suggéra plusieurs invocations dans le but de la disposer à gagner l'indulgence du Jubilé. A midi., le même Père lui apporta le divin Viatique, qui lui fut donné dans une cuillerée d'eau. La physionomie de la mère Barat avait retrouvé sa céleste ardeur pour ce grand acte. La communauté entière y assistait : le ciel et la terre semblaient se rencontrer dans cette scène sublime.
La malade avait-elle conscience d'elle-même? Comme elle était sans mouvement et les yeux fermés, on pouvait en douter, lorsque le lendemain mardi, vers une heure, on remarqua que, pendant la récitation des litanies de la sainte Vierge, la pieuse mère avait pris spontanément l'attitude de la prière, essayant même de frapper sa poitrine à chacun des trois Agnus Dei. Son bénitier ayant été alors approché d'elle, elle y plongea le doigt, puis leva la main pour faire le signe de la croix, qu'on lui aida à achever. Heureux de ces indices, le Père Gamard lui dit : « Ma mère, si vous savez qu'hier je vous ai donné l'absolution de tous les pé-
1 Tém. de M'"= Valérie de Bosredont, n. 118, et la sœur Pélagie Breton. Doc. 68