SES DERNIERS INSTANTS
\celles de la sainte Vierge, la vénérable malade frappait sa poitrine à VAgnus Dei, serrait sur son cœur ou por- • tait à ses lèvres le petit crucifix qu'elle tenait à la main. On la voyait le chercher quand il avait glissé, le tourner dans ses doigts jusqu'à ce que la face du Christ fût bien devant elle. Nous avions télégraphié pour solliciter la bénédiction de notre Saint-Père le Pape. La réponse transmise immédiatement par M^ de Merode étant parvenue la nuit, notre mère put encore recevoir cette grâce, le 24 au matin. »
Le même jour, le docteur Bauchet lui ayant relevé la paupière de l'œil droit, lui demanda comme nouveau signe de connaissance, de serrer la main de sa vicaire générale. Tournant aussitôt son regard vers celle qu'on lui désignait, la vénérée mourante sembla mettre toute son âme dans ce serrement de main. « Jamais, écrit M"'*^ Gœtz, je ne pourrai exprimer ce que mon cœur éprouva en recevant cet adieu. »
Le 25, jeudi, était le jour de l'Ascension. L'état allait s'aggravant, le pouls s'affaiblissait. « Nos révérendes mères Lehon, Cahier et moi, continue M'"^ Gœtz dans la lettre circulaire précédemment citée, nous avions passé la majeure partie des nuits auprès de notre mère. Le soir, la voyant plus calme, et ne prévoyant pas encore le triste dénoûment, nous nous étions retirées pendant quelques instants. Mais à neuf heures et demie, averties que les symptômes d'une fin prochaine se manifestaient, nous accourûmes entourer de nouveau ce lit, où notre mère semblait s'abandonner de plus en plus entre les mains du divin Maître. La vie baissait peu à peu; chacune de nous épiait les moindres mouvements de ce visage empreint d'une paix céleste, afin d'en
saisir le dernier. Le Père Gamard lui réitéra plusieurs fois l'absolution, et récita les prières de l'Église. La respiration devenait de plus en plus rare ; elle finit par être à peine sensible. Enfin, à onze heures précises, notre mère remettait, sans aucun effort, son âme à Dieu. » C'était la dernière heure de ce jour de l'Ascension dont elle avait dit, le dimanche précédent : « Jeudi nous allons au ciel. »
Ainsi mourut M™^ Barat. Sa mort fut humble et douce comme l'avait été sa vie. Armée de son crucifix, entourée de sa communauté qu'elle put encore bénir, bénie elle-même par Rome qu'elle avait tant aimée, visitée par son Époux avant sa dernière heure, elle partit, le même jour que Lui, vers le séjour éternel, où treize cent soixante -huit religieuses du Sacré-Cœur l'attendaient pour l'introduire dans le sein de Celui à qui elle avait dit tant de fois, comme sainte Thérèse : « Seigneur Jésus, il est bien temps de nous voir! »
Le corps de M"'' Barat fut exposé dans sa chambre sur un lit funèbre, où non-seulement les religieuses et les pensionnaires de ses maisons de Paris, mais un très-grand nombre de personnes du dehors, furent admises à le vénérer. Pendant trois jours, une afiluence de plus en plus considérable se pressa, pour faire toucher à cette sainte dépouille des objets de piété. La vénérable morte reposait revêtue de l'habit religieux, ayant une couronne de roses blanches sur la tête, tenant dans la main son crucifix et son chapelet avec une branche de lis. Sa physionomie avait repris son expression habituelle de sérénité, ses lèvres semblaient sourire. L'àmc, en quittant le corps, lui avait laissé l'empreinle de la paix céleste où elle était reçue.