SON TESTAMENT SPIRITUEL
la pauvreté, et enfin cette obéissance, lien et gardienne de toutes les autres vertus, qui dominantes assureront la prospérité et même l'existence de la Société.
« Je devrais demander des prières : je les attends de votre charité. J'ose m'appuyer surtout sur les dispositions que je lis dans vos âmes de maintenir, au prix de tous les sacrifices, la fidélité à nos saintes règles, de propager la connaissance et l'amour du Cœur sacré de Jésus, enfin de devenir, dans tous les lieux où nous serons, la bonne odeur de Celui dont nous portons le nom, malgré notre indignité. »
Ayant de nouveau demandé pardon de ses nombreuses fautes et remercié des soins dont on l'avait entourée, elle terminait ainsi :
« Si, par sa miséricorde, Dieu daigne m'appeler bientôt à Lui , je lui demanderai avec ardeur de vous en récompenser. Je prie ce bon Maître de vous bénir toutes, et de graver dans vos âmes la volonté et le besoin de vous immoler, jusqu'au dernier soupir, à l'amour de son divin Cœur et au salut des âmes, selon le but de notre vocation. »
Cependant, à la première annonce de cette mort, des témoignages de regret et d'admiration arrivèrent de toutes parts à la maison mère. Sous la variété de réloge, une même pensée fait le fonds de ces lettres : la conviction de la sainteté , et la persuasion de la félicité de la servante de Dieu. « Elle a bien mérité de sa famille religieuse, de l'Église et de Dieu même, écrivait le Père de Ponlevoy, en apprenant sa maladie. S'il plaît à Notre-Seigneur de la faire monter de la croix au ciel, n'en doutez pas, elle ira continuer dans l'éternité ce qu'elle a commencé dans le temps. » Un autre écri-
vaiL : « Voilà donc votre sainte mère Barat au ciel. Dieu l'y a appelée l'année même où la bienheureuse Marguerite-Marie a été élevée sur les autels: celle-ci a semé, votre mère a récolté; et aujourd'hui toutes deux se réjouissent ensemble d'avoir été choisies de Dieu pour faire aimer le Cœur de son divin Fils'. » Enfin, plusieurs voyaient, par anticipation, le jour où un culte public lui serait décerné, et le Père Billet, recteur de Feldkirch, écrivit cette simple ligne à M™^ Mayer, supérieure de Riedenbourg : « C'est l'annonce d'une fête pour un peu plus tard. »
D'autres personnes faisaient savoir qu'elles avaient eu connaissance surnaturellement de la béatitude de cette âme aimée de Dieu. Une religieuse l'avait vue en songe, entourée de gloire et tenant un rosaire sur lequel il y avait autant de grains en diamants qu'elle avait fondé de maisons. Une autre l'avait vue arriver au ciel escortée des vierges qu'elle avait enfantées au divin Époux. A Sarria, en Espagne, elle s'était, disaiton, présentée au prêtre qui offrait le saint sacrifice, le jour de la rénovation des vœux des aspirantes, lui disant : « Faites savoir à mes filles que je suis bien présente au milieu d'elles, et que j'oflrirai avec consolation leurs vœux à Noire-Seigneur-. »
Bientôt arrivèrent de diverses contrées, non -seulement de l'Europe, mais de l'Amérique, des lettres attestant des guérisons opérées par les reliques et le crédit de l'épouse de Jésus-Christ. Nous ne relaterons pas ces
1 M. labbo Delaforêl, curé de Saint-llilaire, de Poitiers.
2 Tt'rn. de M"'- l'nicliol, n. 8o, de M"" de Laclaverie et de M"" Tliilly. Doc. n. .'J6, p. 10.