‹ Histoire de Madame BaratChapitre 4 sur 311 · SES ANGOISSES A CONFLANS · texte numérisé non relu

SES ANGOISSES A CONFLANS

haletante à la maison : « Qu'on me donne des nouvelles de M""® Barat et de tout le Sacré-Cœur! » avait- elle dit en entrant. C'était M"^ Annette de la Rochejaquelein, qui, s'élançant seule à travers les rues, parmi les balles qui sifflaient, était verdie conjurer ou partager le péril de ses chères maîtresses.

Maintenant la route était libre. M'"® Barat put louer une mauvaise voiture, et, déguisée comme ses sœurs, elle reprit, non sans encombre, le chemin de Paris. Presque aux portes de la ville, un citoyen inconnu, légèrement aviné, sautant sans façon sur le siège, s'y était installé à côté du cocher et de la sœur Rosalie. Les vives et burlesques démonstrations patriotiques auxquelles ne cessa de se livrer ce chaud partisan de la Charte servirent aux voyageuses de certificat de civisme. On atteignit ainsi le boulevard des Invalides. Là, portée tantôt sur les bras de cet homme, tantôt sur ses béquilles, la supérieure traversa les débris des barricades et les lignes des bivouacs où étaient cantonnés les héros de juillet, ivres de leur victoire. C'est ainsi qu'elle arriva à l'hôtel Biron.

Elle ne put dire à ses filles que ce seul mot : « Courage ! » et, un instant après, elle se rendit à la chapelle. C'était le jour de saint Ignace: on y célébra le salut du Saint-Sacrement; mais, au lieu de chanter, on ne fit que psalmodier les prières de l'Église. Au Domine, salvum, l'officiant s'arrêta, et se mit à fondre en larmes.

Quel était le sens et l'esprit de cette Révolution? quelle en devait être l'issue? quelle en serait la conséquence particulièrement pour le Sacré-Cœur?

Le lendemain, 1'^'' août, qui était un dimanche, un homme en redingote et orné de l'indispensable cocarde

tricolore, entra dans le noviciat. On ne put s'empêcher de rire dès qu'on l'eut reconnu : c'était le Père Varin. — Ita Palcr ! telle fut sa première parole. Sa seconde fut celle-ci : « Mes filles, que Dieu est bon! »

11 n'y avait donc en lui que l'habit de changé. Avec la même foi que la veille des événements, il assura les religieuses que cette révolution tournerait finalement au bien de leur Société, en la purifiant de tout alliage terrestre. « Quant à vous, ajouta-t-il, le Dieu de bonté, qui vient de vous couvrir de sa protection, vous la continuera, dût- il, pour cela, faire des miracles. Courage donc! confiance! si vous ne manquez pas à Dieu, Dieu ne vous manquera jamais'. »

Là élait le vrai mot du présent et de l'avenir. Huit jours après, M""^ Barat l'expliqua à ses filles avec une grande élévation et une grande force. Ses légitimes alfections pour le régime tombé étaient connues. Mais, dégageant sagement la cause de la religion de celle de la royauté, elle dit en substance les paroles suivantes : « La monarchie vient de succomber, mais l'Église est debout, l'Église est immortelle. Or, c'est à celte Église que vous tenez, mes bonnes filles; ainsi, ayez confiance ! J\d pu craindre pour vous les dangers de la prospérité, je n'appréhende point la persécution... » Elle ajouta qu'une « grande et longue luLle s'ouvrait entre le bien et le mal, la lutte des derniers temps: qu'elles y prendraient part, mais que prcsenlement il ne tomberait pas un cheveu de leur tète. » — Ses filles l'écoulaienl avec admiration. « Ses paroles étaient dignes du temps des premiers martyrs , » nous rapporte l'une d'elles-.

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