‹ Histoire de Madame BaratChapitre 30 sur 311 · ELLE EST VISITÉE PAR LE PAPE · texte numérisé non relu

ELLE EST VISITÉE PAR LE PAPE

le Sacré-Cœur, une institution d'un ordre particulier et providentiel. Un jour, s'enlretenant avec le cardinal Zurla, il lui avait dit : « Par suite de l'éducation monastique que j'ai reçue, il y a certainement beaucoup de choses de cette Société que je n'approuverais pas. Mais cette règle a été faite par Dieu, et je ne voudrais pas en changer un mot : le doigt de Dieu est là'. »

A cette haute idée qu'il concevait de l'Institut le pontife joignait une profonde estime pour la supérieure. Il la félicita d'être venue à Rome : « C'est votre place, ajouta- t-il, tous les généraux d'Ordre y sont. » On pouvait craindre que celte phrase ne cachât le désir de la fixer dans la Ville sainte. M'"'' Barat se hâta de rassurer sur ce point ses familles de France : « On a compris, écrivit-elle, que ce serait un désavantage, du moins pour le moment, et tous mes amis admettent qu'il faut que je sois de retour au printemps. C'est une vraie victoire dont je ne puis m'empêcher de me montrer satisfaite ^ »

Dès que M™° Barat fut guérie de sa brûlure, elle visita Sainte -Rufme. Dans la région de Rome située au delà du Tibre, un peu au-dessus du fleuve, se trouvait une vieille église, élevée, disait-on, sur l'emplacement même de la maison occupée dans le m'' siècle par Rufine et Seconde, vierges martyrisées sous le règne de Gallien. Dans les premières années du xvii" siècle, deux pieuses pèlerines, Françoise Mon lieux , de Paris, et Françoise de Gourcy, originaire de Lorraine,

1 Per reducazione monaslica che ho ricevita, e cerlo che moite cose ciel sacro cuore non le approverei, ma quesla regola e stala faUa da Dio, e non le verroi cambiare neppure una parola : Digiltis Dci rsl hic.

2 A M""^ de Gramonl. Rome, 30 octobre 1832.

avaient obtenu de Clément Mil la permission d'y former, sous le nom d'Ursulines-Oblates, une congrégation consacrée à Tinslruction des enfants. «Que de bien elles y ont fait! que de vertus religieuses elles y ont pratiquées! que d'enfants instruites par elles pendant plus de deux cents ans! » disait M""^ Barat; mais présentement, cet Ordre n'était plus qu'un débris. - Cependant Grégoire XVI ne voulait pas laisser périr l'œuvre de l'éducation, particulièrement dans cette partie de la ville où la fidélité aux papes s'était transmise avec la vigueur du sang des vieux Sabins. C'avait été principalement dans cette intention qu'il avait donné Sainte-Ruffine au Sacré-Cœur. M'"" Barat entra pleinement dans ses vues, comme on le voit par cette lettre écrite le lendemain même de sa première visite à l'établissement: « Cette maison est mieux qu'on ne me l'avait décrite. Moyennant un petit jardin qu'on fera avec le temps, elle sera passable. La cour est belle, avec une fontaine au milieu, en forme de jet d'eau, qui a son agrément. Elle ne sera plus tard qu'une école pour les pauvres, et tout au plus un pensionnat de second ordre; car si Dieu, par la suite, bénit notre noviciat, on le mettra ailleurs ^ »

Une partie de la maison avait été laissée aux dernières Oblates, pour le temps de leur vie, avec une honnête pension pour leur subsistance. M""" Barat les alla voir. « Elles sont vraiment très -bonnes, écrivait à leur sujet la douce su])érieure, et la présidente me fait reil'et d'une sainte. Je ne puis ponser à Télat où elles sont réduites sans une vive compassion. Hélas! qu'avons-

I \ \l-,lr (ir.uiinnl . H', novembre IS;{2.

Page 1