‹ Histoire de Madame BaratChapitre 31 sur 311 · SES VISITES CHARITABLES · texte numérisé non relu

SES VISITES CHARITABLES

nous fait de plus qu'elles pour mériter que Dieu nous conserve et qu'il nous protège d'une manière si particulière? »

Une charité encore plus délicate que celle-là lui inspira d'aller, la première, faire visite à deux de ses anciennes filles, desquelles elle avait eu à se plaindre autrefois. C'était M'"*' Baudemont et M""^ Copina, dont l'une, — on s'en souvient, — était supérieure, et l'autre, maîtresse des novices de la maison d'Amiens, durant la douloureuse crise que nous avons décrite. Après leur avoir adressé une lettre prévenante, elle se rendit, le 24 novembre, dans cette maison de Saint- Denis, de triste souvenir, où une trentaine d'élèves consolaient la misère des deux pauvres maîtresses. « Elles souffrent, mais avec courage, disait M""* Barat;' c'est pour cela que j'ai voulu les voir et les assurer que je ne conservais aucun ressentiments » Elle les embrassa, leur parla des anciennes mères qu'elles avaient connues, leur fit discrètement ses offres de service, et obtint d'elles la promesse qu'elles viendraient la voir. Cellesci ravies, confuses, né l'appelaient que leur mère; et quelques jours après M™^ Baudemont lui écrivit une lettre qui rachète bien des torts passés : « Ma bonne mère et amie, nous sommes tout embaumées du plaisir que nous avons eu à vous voir, à vous entendre, à vous embrasser; moi surtout, qui toujours vous conserverai une tendre affection en notre bon Maître... Prions donc beaucoup les unes pour les autres, et que le Ciel répande ses bénédictions sur votre œuvre, qui tend à sa plus grande gloire et au salut des âmes S »

1 A M™« de Gramont , 24 novembre.

2 Du couvent de Saint-Denis, 19 décembre. Axdogr.

La supérieure revit aussi, — mais celle-ci avec un plaisir sans mélange, — M"''' Louise Naudet, qui, toute fière du mérite de sa protégée d'autrefois, n'en continuait pas moins à ne voir en elle que la petite sœur Sophie d'il y avait trente ans. De là, dans son langage, une familiarité qui confondait tout le monde. « Elle est unique! » disait d'elle M"" Barat, en rapportant quelques-unes de ses appellations ^ Mais son humilité ne faisait qu'en rire.

Rome est la métropole de toutes les gloires; et quelles profondes empreintes, majestueuses et tristes, les siècles y ont laissées. Toutefois ni les souvenirs de l'histoire, ni les merveilles de l'art n'attirèrent un esprit que son éducation avait pourtant si bien préparé à les comprendre. Ses pensées habitaient plus haut. « I)ans ma jeunesse, écrivait-elle à un de ses neveux, les souvenirs qui m'entourent eussent soulevé tout mon être : tout passe. Cette cité elle-même n'en est-elle pas la preuve? Ce ne sont que des ruines. C'est ici, mon ami, que l'on touche au doigt la vanité de ce monde. Dieu seul est grand et immuable. Je le dis avec plus de force et de conviction dans cette ville qu'ailleurs'. »

Bien autrement touchée des souvenirs sanctifiants de la Rome chrétienne , elle se rendit sans peine à l'invitation que lui fit le Saint-Père de visiter les principaux monuments de notre foi. Elle alla se prosterner devant la Confession du Prince des apôtres, où elle pria longtemps pour la sainte Eglise. Une autre fois, ello visita Sainte- Marie-.Majeure, la ^cala-Santa, Saint-Jean-de-

' A M"" (11' Graiiioiil, ^! janvier cl 2n lévrier.

2 A M. Slan. Iiusanssoy. Homo, M novembre 1832.

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