‹ Histoire de Madame BaratChapitre 34 sur 311 · SA FUITE DES HONNEURS · texte numérisé non relu

SA FUITE DES HONNEURS

tons, et nous sommes encore si loin de les justifier* ! » Cependant, le 28 mars, fête de la Compassion, le noviciat romain avait été consacré à Notre-Dame des Sept- Douleurs. Ce jour-là, la supérieure, rappelant les grâces dont elle-même était redevable à cette sainte Mère de Dieu, et les devoirs que leur imposait cette consécration, avait dit à ses novices : « Surtout, n'oubliez pas qu'en vous plaçant aujourd'hui sous le patronage de la Reine des martyrs, vous choisissez, pour votre part, d'être martyrs ccmme elle. Ainsi serez -vous de véritables et dignes épouses du Cœur de Jésus- Christ crucifié ^ »

Des obstacles renaissants, d'interminables lenteurs avaient retardé jusqu'ici l'entrée à Sainte - Rufine. M""' Barat écrivait : « Les affaires , dans ce pays , marchent à pas de tortue. Nous autres Françaises, nous en mourrons; il faut une patience de sainte. » Cette patience était bien la sienne : « Le Maître veut sans doute que je modère mon empressement. J'espère que sa volonté me trouvera douce et soumise, quoique ce soit la chose qui me coûte le plus^ » Lorsque enfin tout fut prêt, le cardinal protecteur exprima le désir que la translation , selon l'usage, se fît en grande pompe, processionnellement. La mère générale en tremblait de frayeur : « Figurez- vous, écrivait- elle à M"^ Grosier, nous toutes allant à pied, un cierge à la main apparemment, nos aumôniers et le cardinal à la tête, avec sa suite. Vous concevez quel coup d'œiH! » Elle fit

1 Rome, 9 avril 1833.

2 Confér., 28 mars, p. 102.

3 \ \ime rie Limminghe, 7 février et 26 mars 18.ij. * Rome, 2 avril 1«33.

donc observer que la grande distance qui sépare la Trinité de Sainte-Rufine rendrait fort difficile Texécution de ce programme. On dut y renoncer : « Que j'en remercie le Seigneur! s'écriait M'"*' Barat. Je serais morte de honte en route. »

Une retraite préparatoire fut prêchée à la Trinitédu-Mont par un homme de Dieu, qui apparaît ici pour la première fois : le Père Barelle , alors préfet spirituel au collège romain. Il prit pour thème unique de sa retraite ces deux mots : Ne rien être, ne rien avoir. « Le Père Barelle nous donne une retraite excellente, » disait ]\1"'' Barat dans toutes ses lettres. Elle venait de découvrir un des plus grands ouvriers de l'édifice spirituel dans sa Société.

Le 5 mai, veille du départ de ses filles pour Sainte- Rufine, la supérieure les félicita d'être appelées à travailler dans ces petites écoles : « Mille fois heureuses êtes-vous d'avoir été choisies pour évangéliser les pauvres! leur dit-elle dans un noble langage. Rien de plus pauvre que le Transtevère, rien de plus dédaigné que les enfants de ce peuple, de celte vile populace, comme on ose l'appeler! Loin de nous de penser ainsi! A ne regarder que l'histoire, c'est le reste de la race des antiques Romains ; et , dernièrement encore, il s'est bien montré digne de son origine, en faisant autour du pape une si brave défense! Mais surtout aux yeux de la foi, quelle n'est pas sa noblesse!... Cette noblesse, il est vrai, elle est enfouie, cachée, comme le grain de froment en terre ; c'est la pierre précieuse incrustée dans le roc : à vous de l'en extraire. \'ous trouverez dans ces enfants matière à faire de grandes saintes. (Quelques ])etiles charités suffiront d'à-

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bord pour leur gagner le cœur ; car votre œuvre sera surtout une œuvre de charité. De la sorte, Jésus, le père des petits et des pauvres, bénira vos travaux ^ »

La translation se fit en silence, sans pompe, par petits groupes séparés et successifs. En attendant que l'église fût réparée et bénite, une chapelle provisoire reçut le saint Sacrement. M"'® Barat y assista à la première messe, et s'établit quelque temps dans la maison. Puis laissant le noviciat entre les mains de la mère Desmarquest, elle songea à se séparer de cette gr'ande amie, non sans déchirement, comme elle l'écrivait : « C'est un grand sacrifice, car tant de marques d'amitié me l'ont rendue plus chère. Mais dans cette vie et dans notre Société, il faut sans cesse mourir. Heureux quand cette vie de nature est tout à fait immolée! Qu'il est doux alors de dire : « Je vis, ce n'est « plus moi, c'est Jésus, son bon plaisir, sa vie qui vivent « en moi ^ ! »

Le 29 mai, une audience de congé fut accordée par le pape à M""® Barat. Celle-ci lui dit combien elle s'estimerait heureuse et honorée de posséder quelques mots de sa main. Deux jours après, Grégoire XVI, dépassant ses espérances, lui adressa un long Bref dans lequel, rappelant l'approbation donnée par ses prédécesseurs Léon XII et Pie VIII à la Société, il disait : « C'est de grand cœur que nous bénissons cette œuvre que notre bien-aimée fille a fondée avec tant de fatigues, qu'elle gouverne et préside avec tant de sagesse. » S'étendant ensuite sur les services rendus par le Sacré-

1 Conférence du 5 mai, p. 122,

2 A M""= Grosier, 20 mai ; à M""' de Gramonl, 12 janvier.

Cœur, il concluait en disant : « N'oilà pourquoi, profitant du séjour à Rome de la mère générale, nous lui avons donné, par la présente Lettre, le témoignage de notre satisfaction. Nous souhaitons qu'elle serve, tant à elle qu'à ses filles, d'excitation à remercier, dans l'humilité de leur cœur, l'Epoux céleste du bien qu'il daigne opérer par elles. En même temps, nous voulons que ce gage les anime à avancer toujours, moyennant la grâce de Dieu, dans la carrière de la vertu et des devoirs de leur état. Nous nous recommandons nous- môme à leurs prières, et nous accordons, tant à la mère générale qu'à ses (illes et à leurs élèves, notre Bénédiction apostolique. Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 1" juin 1833. »

Le lendemain , 3 juin, la supérieure se remit en route pour celte France qu'elle n'avait pas perdu de vue un seul inslant : « Sans doute, écrivait-elle, sans doute le Seigneur nous a comblées à Rome; mais ma principale mission m'attend dans ma patrie. J'y retourne donc avec le plus grand plaisir '. »

Parme l'arrêta quelque temps. L'archiduchesse Marie- Louise, ancienne impératrice des Français, s'y. consolait de sa fortune passée, dans l'exercice des bonnes œuvres. Elle fil un grand accueil à M*"" Baral. Désireuse de posséder une maison du Sacré-Cœur, elle lui fit montrer par la comtesse Scarampi, sa dame d'honneur, rétablissement qu'elle lui destinait. C'était un couvent situé en face de son palais, entouré d'un beau cloîlîe, et décoré, par le Corrége, de fresques représentant des sujets mythologi(|ues, dont toute la charil»' de M"" Ra-

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