‹ Histoire de Madame BaratChapitre 37 sur 311 · SA RETRAITE A CHAM15ÉRY · texte numérisé non relu

SA RETRAITE A CHAM15ÉRY

pleurer à cette vue^ « Mais, a dit un Bienheur^eux, la mort aux sens est la source de la lumière^ » Jamais M""® Barat n'avait eu Jésus -Christ plus présent el plus sensible. Elle ne pouvait quitter les pieds du Tabernacle, et lorsque sa compagne, M""^ de Limminghe, venait la tirer de sa contemplation, on voyait la sainte mère sortir comme d'un doux sommeil, et se plaindre en disant: « Ah! il s'unissait à moi avec tant de bontéM» M. Favrc admirait cette extraordinaire passion de sacrifice; il disait un jour : « Nous avons ici une sainte qui aime les pénitences comme nous aimons le sucre. »

C'est de là que, le 18 juillet, M""* Barat adressa une lettre circulaire annonçant l'ouverture du quatrième Conseil général de la Société, pour le 29 septembre, fête de saint Michel. Après avoir porté à la connaissance de ses filles le Bref du Saint-Père, celte belle lettre disait : « Il est temps que nous comprenions nos obligations. Il est temps de correspondre aux recherches du Cœur de Jésus pour cette petite Société qui lui est si chère, qu'il comble de bienfaits, et qu'il protège par des miracles sans cesse renaissants... Croyez -le, mes chères filles, c'est à pas de géants qu'il faut avancer désormais. Le petit train d'une vie à demi-parfaite, qui aurait pu suffire dans une autre condition et dans un autre temps, ne saurait plus convenir au temps où nous vivons. Le besoin de sauver les âmes et de secourir

1 Sœur Annetle Vachez. Doc. n. 61.

2 Le bienheureux Henri Suso.

3 Notes de M""= Lehon, d'après M™' de Limminghe. Doc. n. 48. — //. Note de la mère d'Oncien. Les documents ne donnent pas avec précision la date de celte retraite à Chambéry; mais les circonstances et les lettres la déterminent suffisamment.

8t HISTOIRE DE MADAME BARAT

rÉglise doit produire dans nos cœurs des désirs brùlanls de venir à son secours. Ah! il a fallu voir la douleur du Pontife, son auguste chef, pour sentir combien nous devions être dévorées de zèle pour notre perfection, puisque nous ne pouvons espérer de produire des fruits dans les âmes si nous ne sommes nous-mêmes unies à Jésus-Christ, source de vie et de salut'. »

La visite des maisons de Lyon, la Ferrandière, Besançon , Montet et Metz , retarda le retour de M""^ Barat à Paris jusqu'au milieu de septembre : « Surtout, chère Eugénie, avait- elle écrit à M"'*' de Gramont, ne me faites aucune réception de cérémonie. Je sais que vous recevez votre mère avec plaisir, et cela me suffit ^ » Ce fut le 12 de ce mois à cinq heures du soir, qu'après deux ans d'absence. M""" Barat fut rendue à la maison mère. On l'avait vue partir estropiée et fort souffrante : on la retrouvait guérie. La joie de la revoir éclata spontanément, et toute la maison, communauté et élèves, la suivant à la chapelle , entonna le Laudate Domimim, omnes yoites!

C'était bien Lui, en effet, c'était bien le Seigneur, qui, pendant ces deux années, avait fait tourner toutes choses au bien de la Société, môme ses tribulations, même les souffrances personnelles de M""" Barat, comme elle-même le reconnaissait dans ces humbles paroles : « Je fais peu, mais je souffre; je prie, et le Maître agit. Vous savez que c'est du néant (ju'il aime à faire sortir ses plus belles œuvres, et il agit de prélérenco ih\ns le calme de la nuit. Ah! si nous le comj)renions, comme

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LES DIVINES MISÉRICORDKS 8a

nous nous cacherions , comme nous nous anéantirions M » C'était donc à Lui seul, à sa miséricorde, qu'il fallait faire honneur de ces heureuses délivrances : Quoniam magnificata est super nos raisericordia ejus.

Sans doute, pendant ces trois ans, bien des choses avaient changé. Autour du Sacré-Cœur bien des ruines s'étaient faites, bien des amis étaient en fuite et des protecteurs dans Texil. C'était la faveur humaine qui avait disparu. C'était aussi de nouveaux devoirs qui venaient de surgir en face de temps nouveaux. Mais l'Eglise restait; mais Jésus-Christ restait; et avec Lui, pour ceux qui l'aiment et veulent le servir, le besoin do reprendre plus ardemment que jamais l'apostolat de la vérité qui demeure toujours : Et veritas Domini manet in œtenium.

1 A M""= de Limminghe, 26 mars 1833.

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