‹ Histoire de Madame BaratChapitre 38 sur 311 · COURSES APOSTOLIQUES DE M""*^ BARAT · texte numérisé non relu

COURSES APOSTOLIQUES DE M""*^ BARAT

■ Novembre 1833 — août 1836.

Le quatrième Conseil général. —Perfectionnements dans l'éducation, l'instruction, la vie religieuse. — Suppression de Sainte -Marie, de Grenoble. — Élection d'une assistante d'Amérique : M"'"= Aude. — Tournée de M"»= Barat par le Nord, l'Ouest et le Midi.— Insurrection à Lyon. — Fondation à Charleville. — Réunion des dames de Saint- Pierre et fondation de Saint-Joseph à Marseille. — M"' Eugénie Aude en est supérieure. — Grave maladie de M'^^ Barat à Aix. — Le choléra à Marseille. — Fondation à Jette-Saint-Pierre. — M"* Barat pleure la mort de M™^ de Gramont d'Aster. — Elle visite Saint-Joseph de Marseille. — Mort de M""= Louise Joyant de Couësnongle.

Les six années qui suivirent la guéinson de M""® Barat et son retour en France furent une campagne de zèle dirigée dans le but de dédommager le Cœur de Jésus des conquêtes de l'impiété. Une œuvre extérieure : celle des visites et fondations ; une œuvre intérieure : celle de la direction des divers noviciats de la Société,

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remplissent ce grand dessein : c'est le sujet de ce livre huitième.

Le Conseil général destiné à organiser cette œuvre de salut s'ouvrit à Paris, le 29 septembre 1833. « Nous nous sommes retrouvées avec une indicible consolation, écrivait la mère générale. Nous avions eu la crainte de ne nous revoir jamais'. » C'était une renaissance, en effet, que cette réunion au lendemain des ravages mortels de l'épidémie et de la dispersion de la petite famille.

Le 30, M""' Barat fit une conférence à ses conseillères pour leur recommander l'union avec Notre -Seigneur, Père de toute lumière, selon celte parole de nos livres saints : « Approchez-vous de Dieu , et vous serez illuminée. » Le même jour, le Père Varin vint les exciter à la reconnaissance par la considération de tout ce que Dieu avait fait pour la Société. Enfin, le 4 octobre, fête de saint François d'Assise, M^' de Quélen parla de la loi du progrès et de la fixité dans les congrégations refigieuses comme dans l'Église : fixité dans la foi, progrès dans la discipline qui doit se modifier selon les exigences de la gloire de Dieu et du salut des âmes.

Ni le Conseil général de 1833, ni ceux qui le suivirent, ne devaient, on le conçoit bien, avoir l'importance des Conseils précédents. La Société ayant sa loi, rendue maintenant immuable par la sanction de Rome, il n'y avait plus désormais qu'à pourvoir aux moyens de la faire observer. Or tel fut, en effet, l'objet des actes de ce Conseil. Sans entrer dans le détail de scb upt-rations, nous observerons seulement quel sentiment il eut du

1 A M'"' Duthesne, Id oclnbro.

LE QUATHIÈME CONSEIL GI^.NÉRAL 91

devoir du Sacré-Cœur en présence des temps nour veaux. Ainsi , répondant d'avance au reproche de préférer le brillant au solide, dans les pensionnats, le Conseil étudia « les moyens de former les élèves à la simplicité, à Tordre, à l'économie et au goût des choses utiles* ». Ce sont les propres expressions de M""" Barat. Dans une pensée analogue de perfectionnement, le plan d'études fut revu, corrigé, amplifié, avec l'aide d'un maître expérimenté, le Père Loriquet; et rien ne fut écarté, dans les méthodes d'enseignement, de ce qui pouvait être une amélioration. « On se tient trop à la routine par crainte d'innover, disait M™' Barat dans une de ses lettres : c'est faiblesse d'esprit. Quand il s'agit des âmes, que fait à Dieu une plume ou un crayon, du bois ou du papier : les âmes à tout prix^ » Enfin, l'observance fut rendue plus stricte. Ces religieuses , dans lesquelles un certain monde affectait de ne voir que de grandes dames conservant l'orgueil du siècle sous le voile monastique , s'attachèrent à resserrer leurs règles de pauvreté, d'humilité et de clôture. Ce ne fut pas assez: l'une d'elles. M"'*' de Limminghe, proposa de retrancher la particule de du nom des religieuses ainsi qualifiées. Cette motion ne fut écartée qu'à cause de l'irrégularité que ces changements apporteraient dans les actes publics.

Dans un autre ordre de choses, le Conseil fut appelé à prendre une décision qui causa une peine profonde à M™'' Barat : ce fut la suppression de la maison de Grenoble. Outre que le pensionnat de Sainte-Marie-d'en-

t Lettre circulaire, Il nov. 1833.

2 A M™' A. de Rozeville, 12 mars 1832.

Haut était bien déchu de sa splendeur , la ville réclamait son ancienne propriété, et le génie mililaire menaçait d'élever près de là des casernes, d'où la vue plongerait jusque dans son enceinte. M""* Barat commença par communiquer ses craintes à M""^ Duchesne : « Que devient ma chère maison? lui demandail celle-ci en 1832. J'ai donc bien démérité de mon protecteur, saint François Régis, puisqu'il fait cesser sa douce influence? Mais non, j'espère encore. » Hélas! bientôt cet espoir lui fut enlevé par la décision du Conseil; et voici en quels termes la mère Barat eut le courage de la lui faire connaître : « Ma chère Philippine, vous comprenez que souvent votre nom revient dans nos entretiens durant notre assemblée; comment vous oublier? ce ne sera jamais possible; aussi quel chagrin nous avons eu d'être contraintes de supprimer votre maison de Sainte -Marie qui vous fut si chère! C'est par force, hélas! la ville l'ayant reprise. Priez beaucoup pour nous*. » M""" Duchesne répondit que cette ruine retombait à plomb sur son cœur : « J'oublierai plutôt ma main droite, ajoutait-elle, que ce délicieux séjour; et je peux le pleurer à plus juste titre que Jérémie ne faisait sur Jérusalem. » Ilàlons-nous de dire , toutefois, que la ruine qu'elle redoutait ne lut pas consommée. Le Sacré-Cœur, sans doute, crut devoir quitter ce lieu de si grande mémoire , et c'est pour la Société un inconsolable regret de ne plus le posséder : mais il ne fut pas détruit. Les Dames Ursulines s'y établirent ensuite. Elles l'occupent encore, et le Sacic-Cœur est heureux d'y voir Dieu glorifié par de si dignes religieuses.

i Paris, ir. oitobre 1833.

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