‹ Histoire de Madame BaratChapitre 39 sur 311 · LE QUATRIÈME CONSEIL GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

LE QUATRIÈME CONSEIL GÉNÉRAL

Le 31 octobre, le Conseil se termina par les élections. Une des plus importantes fut celle d'une nouvelle secrétaire générale dans la personne de M™® Elisabeth Galitzin , qui dès lors exerça un rôle considérable dans la Société. Voici de quelle manière M""® Barat l'en informa, en la rappelant de R.me : « J'espère que vous recevrez la nouvelle de votre promotion en toute humilité. Cette charge , au reste , est plus assujettissante qu'honorable. Vous y aurez de quoi pratiquer la patience, et voilà tout*. »

Une élection non moins importante fut celle d'une assistante générale pour l'Amérique. De ce côté, M"** Barat ne recevait, depuis quelque temps, que des nouvelles désolantes. Dans le Missouri, à Saint-Charles, à Saint-Louis, à Fleurissant, M""' Duchesne et ses filles se consumaient sans fruit. La Basse -Louisiane, plus malheureuse encore, était dévastée par le choléra, et là, le Sacré-Cœur n'avait pas été épargné. Six religieuses et une orpheline avaient été enlevées à M™® Eugénie x\udé, qui déploya un dévouement héroïque dans cette occasion. Mais maintenant, après quatorze nuits sans sommeil passées au chevet des malades, brisée de cœur encore plus que ruinée de santé, elle ne voyait plus pour elle qu'un remède, qu'un repos, qu'une consolation : M"*^ Barat, la France! « Vous êtes ma seule joie, écrivait-elle à cette mère. Quelque temps passé près de vous me fortifierait , retremperait ma pauvre âme et me disposerait à mieux souffrir. Ma mère, ma bonne mère, ne m'accorderez-vous pas d'y aller? » Elle ajoutait : « Toutefois je ne veux suivre

1 Paris, 31 décembre 1833.

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d'autre volonté que la vôtre jusqu'au dernier soupir, et si ce soupir exprime la souffrance , il exprimera aussi le bonheur de mourir en vous obéissant. » La réponse de M'"'' Barat fut le grand mot : Dieu seul 1 « Jésus! veut que vous l'aimiez sans appui, sans secours; Lui seul vous suffira donc, ma chère Eugénie. Rappelezvous saint François Xavier dans l'île de Sancian et ne craignez rien. La bonté de Dieu suppléera à tout. » En parlant ainsi. M""" Barat voulait ne rien enlever à sa fille du mérite de son sacrifice; mais elle avait ses vues. Le Conseil s'achevait : une assistante générale représentant l'Amérique devait être élue et appelée en France : M""® Aude fut choisie. A celte annonce, son bonheur de se retrouver auprès de M'"*' Barat éclata dans un transport de reconnaissance : « Quoi, ma mère, est-il donc vrai que je vous verrai! que, sous peu , je ne dirai plus : Je vous verrai , mais je vous vois ! Ah ! si le bonheur existe quelque part, c'est dans le co?ur de votre Eugénie qu'il se trouvera alors. » Son départ de Saint-Michel, qu'elle avait fondé et rendu très-prospère, fut un deuil public. Les élèves et leurs parents, descendant avec elle le Mississipi, l'accompagnèrent jusqu'au lieu de l'embarquement. Là, elle bénit ses élèves, en leur laissant l'espérance de revenir bientôt.

Le Conseil terminé, M""'^ Barat se mit en route pour cette visite générale qu'avaient trop longtemps relardée son infirmité et les événements. Jusqu'au Conseil suivant, celui de 1839, elle ne s'arrête presque plus. Ranimer partout les foyers de l'amour de Dieu, en allumer de nouveaux : telle est l'œuvre qu'elle poursuit à travers les entraves qui l'arivlcnl i^.ufois. mais ne la découragent jamais.

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