L'INSURRECTION DE LYON
question les conquêtes du bien. Mais ce qui décourage les pusillanimes ne fait qu'exciter le bon soldat de Jésus-Christ. « A quel prix Jésus-Christ a-t-il racheté les âmes? disait M™" Barat. Voilà ce que nous devons faire nous-mêmes, ce qui doit nous inspirer la passion du sacrifice, car ce n'est que par le sacrifice que nous sauvons les âmes avec Jésus-Christs »
Le 5 mai, M^"^^' Barat était de retour à Paris. Un de ses premiers soins fut pour ses orphelines, dont le nombre s'était accru et dont l'établissement demandait un espace plus vaste. Elle régla qu'il serait transféré à la campagne, dans ce village de Conflans, où ellemême s'était réfugiée pendant les journées de Juillel. Sur ces entrefaites, M"'° Eugénie Aude arriva à Paris, le 26 de juin. Le même jour y vit venir la vénérable mère de Gramont d'Aster, que M'"^ Barat ne devait plus revoir. M'"'^ de Ghaibonnel et quelques autres religieuses de grande autorité s'y trouvèrent en même temps. On s'y entretint de plusieurs élablissemenls qui étaient proposés à la Société, ils furent acceptés, et, après un séjour de trois mois à la maison-mère, M""^ Barat, accompagnée de M'^" de Limminghe, se remit en roule. Après l'œuvre des visites, elle allait en faire une autre : celle des fondations.
A Gharleville, dans les Ardennes, existait, depuis deux siècles, une communauté fondée par une noble jeune fille, Jeanne Idelette de Morel, pour l'éducation gratuite des enfants pauvres. Les Dames de la Provi- (jence, — c'était le nom que portait celte communauté, — avaient courageusement traversé l'épreuve de la
1 Pensées ou Maximes, p. 95.
Révolution. Toutes avaient refusé de se séculariser, et, émigrant ensemble, elles s'étaient successivement réfugiées à Chimay, à Rotterdam, à Bruxelles, à Essen en Westphalie, où, pendant huit années, elles n'avaient eu pour vivre que le rude travail de leurs mains, avec l'assistance étonnante, merveilleuse, de celte Providence dont elles n'avaient pas pris inutilement le nom. M"'^ Jacquemard, femme d'un caractère énergique, après avoir présidé à cet exil de ses filles, les en avait ramenées et rétablies à Charleville, en 1802. Après elle, sa communauté avait eu pour supérieure une femme érainente, M'"" Justine de Gerlache, héritière d'un nom qui, maintenant encore, est si chrétiennement porté. Mais en même temps que croissait le nombre des élèves, celui des religieuses diminuait. Une branche de leur Société, les Dames de Sainte- Sophie, de Metz, s'était déjà, dans des circonstances semblables, réunie au Sacré-Cœur, comme nous l'avons raconté. Les soeurs de Charleville pensèrent à faire de même; mais il en coûtait beaucoup à M"® de Gerlache de voir se fondre un institut que ses récentes épreuves lui avaient rendu encore plus cher : elle lutta tant qu'elle put. Mais la supérieure qui lui succéda. M"'* Terneau, se résolut à demander enfin la réunion à M""® Barat. Celle-ci lui répondit une lettre toute maternelle : « Il y a longtemps, disait-elle, que je suis pénétrée d'estime et d'attachement pour votre Congrégation. Nos sceurs de Metz m'ont déjà appris à l'apprécier; et rexccllent esprit qu'elles ont précédemment puisé dans leur maisonmère ne me permet pas de douter de la consolation et du iruit (jue notre Société retirera de cette seconde i<''Uiii(»ii. Aussi lunn cd'ur me porlo-t-ilà me rtMxlre à
FONDATION A CHAKLEVILLE 101
Charleville, afin de Teffecluer le plus tôt possible ^ » jyjme Barat y fut le lendemain de l'Assomplion 1834. « Pendant son trop court séjour parmi nous, rapporte le journal de la fondation, la supérieure manifesia les sentiments les plus maternels, et voulut bien, dès lors, nous considérer comme ses filles. Elle nous fit, ainsi que la mère de Limminghe, de solides instructions sur l'esprit de la Société, dont elle commença à nous faire connaître les Constitutions, nous recommandant surtout le saint exercice de l'oraison. » A l'automne suivant, la mère Prévost vint présider au noviciat que durent faire ces nouvelles sœurs : elles y entrèrent avec une ardeur généreuse. M™*^ de Gerlache leur en donna l'exemple : celte courageuse novice avait alors soixante-trois ans ^ La reconnaissance légale de cette réunion par le gouvernement fut donnée un an après. « Le Cœur de Jésus a levé tous les obstacles , écrivit la mère Barat à ses nouvelles filles, vous êtes du Sacré-Cœur à la face du ciel et de la terre. Bénissons-en le Dieu de toute bonté, et Marie, notre mère^ » Puis, plus tard, en leur envoyant comme première supérieure la sainte mère Granon : « Chacune de vous s'efforcera de devenir intérieure, ce qui est le meilleur moyen de connaître Jésus- Christ. Quand on le connaît, on l'aime; quand on l'aime, rien ne colite. Ah! comme je vais prier, afin que Dieu vous éclaire de cette vive lumière, et qu'il vous donne la force d'entrer dans les sentiers du véritable amour ^ »
1 Lyon , 23 avril 1834.
2 V. Notice sur M™^ de Gerlache, par le P. Ed. Terwecoren, el Vie cleM"" de Gerlache, par un aumônier du S.-C, in-S»; Caslennan, 1869.
3 Paris, 19 aoiJt 1835.
4 Paris, 13 mars 1836.
Une réunion semblable à celle de Gharleville, mais plus visiblement encore marquée du sceau de Dieu, netarda pas à appeler la mère fondatrice à l'autre bout de la France.
Une congrégation de religieuses enseignantes, nommées Dames de Saint-Pierre, fondée d'abord à Grenoble par M'"'' Pierrette de Bourcet de Lassaigne, avait ensuite établi une seconde maison dans la baronnie de Saint- Joseph, près Marseille, sous la conduite de la nièce de la fondatrice, M"" Louise de Bourcet. Louise de Bourcet était une âme très -élevée en vertu. Ses anciennes relations avec Sainte- Marie-d'en- Haut lui avaient fait connaîtra la mère Thérèse, la mère Aloysia, surtout la mère Barat; dès lors le Sacré-Cœur lui était apparu comme le paradis de l'amour de Dieu. Ayant proposé à ses sœurs de se réunir à cette Société, elle rencontra chez quelques-unes une opposition qu'elle ne voulut pas combattre. Mais les contradictions et les peines de l'attente épuisèrent sa vie. « Notre pauvre Louise se meurt, » écrivait, en août 1832, la mère générale; et dans le mois suivant : « Je vous enverrai une épître de ma chère Louise. Quel ange ! Nous la perdrons, car elle se meurt de chagrin ! « Dans les ardeurs de la fièvre, on l'entendait dire : « Réunion au Sacré-Cœur! » D'autres fois elle s'écriait en regardant le crucifix: « 0 mon Dieu! donnez-moi le Sacré-Cœur ou le ciel. » Elle dit plusieurs fois à M""" Vincent, une de ses compagnes : « Ma pauvre amie, voyez, je m'en vais à grands pas. Comme Moïse, je mourrai en vue do la terre promise. Je n'aurais voulu qu'une joie en ce monde, celle de vous introduire dans le Saci'é-Cd'ui-. » File exprima le vomi d'en être du