MORT DE MADAME DE GRÂMONT D'ASTER
Jésus : « Ah! qu'il faut souffrir pour aimer purement! Je n'ai plus rien qui m'inquiète, je suis dans une paix que je ne puis exprimer. Quemadraodum cervus... Lœtatus sum in his... 0 Jésus, je suis à vous, entièrement à vous, prenez votre servante... Encore plus de souffrances, mais encore plus d'amour. 0 mon Jésus, partons! Jésus, attirez-moi; Marie, prenez-moi, emportezmoi dans vos bras. » Enfin, au dernier moment : « Je suis bien, très-bien, je vais dormir. » Ainsi s'endormitelle à l'âge de soixante- dix ans, le samedi IG janvier
]\|me Barat en conçut une grande douleur : « Quelle perte, écrivait-elle, nous avons faite par la mort toute sainte de M"'' de Gramont d'Aster ! ses deux, filles en sont profondément affligées... C'est donc ainsi que chaque année, si je vis, je verrai partir nos plus chères amies, j'aurai à pleurer mes plus solides soutiens. Il est vrai que toutes finissent comme elles ont vécu , en véritables saintes : quelle leçon pour nous* ! » La sainteté éminente de M™® de Gramont d'Aster est restée en bénédiction dans la Société, et des grâces de guérisons extraordinaires lui sont attribuées.
Cependant, il restait à la mère générale à visiter son cher Saint- Joseph de Marseille. Le 17 avril 1836,. dimanche du Bon-Pasteur, elle écrivait ces lignes : « Ce matin nous avons fêté le bon Pasteur; la triste bergère le fut aussi. Mais mon départ si proche a centriste les cœurs. Une bergère qui abandonne son troupeau ,ce n'est pas riant ^. » Elle partit en effet le lende-
1 A M"'« de la Croix, 20 janvier 1836.
2 A M'"*^ Groriier; Paris, 17 avril.
main pour le Midi , toujours accompagnée de M"'^ de Limminghe et d'une sœur coadjutrice, la sœur Marie Patte. Le 23, elle était à Lyon, le 28 à Avignon.
On se souvient de la terrible inondation du Rhône, de 1836. Entre Nissan et Narbonne, les orages avaient fait déborder les rivières, la plaine était inondée, les routes submergées, les ponts emportés. Le mistral ébranlait tout, avec des mugissements sinistres. La sœur Marie, toute tremblante, disait à la supérieure : « Si je n'étais avec vous, ma mère, j'aurais grand'peur; mais avec vous, je ne crains rien. » — « Or, rapporte M""® Barat, c'était la même chose que je disais à Notre- Seigneur, mais à plus juste droit. » Le 5 mai, elle parvint saine et sauve au Vernet. C'était une grande campagne, oii venaient de s'établir les sœurs de Perpignan. Le 26, elle entrait à Saint- Joseph de Marseille. L'accueil qu'elle y reçut fut une telle explosion de vénération et de joie, que le cocher qui venait d'amener la voyageuse ne cessait de répéter : « ]\Iais, quelle est donc cette dame? On ne recevrait pas mieux une sainte en paradis. »
M'"® Aude présenta à la mère générale les anciennes dames de Saint-Pierre, maintenant réunies à la Sociélé : « Hélas! il en manque une! » dit la révérende mère, que ne quittait pas le souvenir de sa chère Louise de Bourcet. Cette première parole lui conquit les cœurs : c'est déjà être unis que d'avoir pleuré ensemble sur une môme tombe.
En entrant dans la chapelle, qui était fort pauvre, M"'*' Barat éprouva un sentiment pénible : « Le premier élan de mon âme, en adorant Notre -Seigneur dans celle Inimblc demeure, racontait -elle ensuite,