VISITE A SAINT-JOSEPH DE MARSEILLE
fut la parole de David : « Mon Dieu, je ne m'accorde- « rai de repos que je ne vous aie trouvé une demeure. » Sans retard , des mesures furent prises pour qu'une chapelle plus digne fût élevée dans l'aile gauche de l'établissement ^
M"*^ Barat fut heureuse de l'union des âmes qui régnait à Marseille; elle en faisait honneur à la mère Aude : « Il faut convenir, disait- elle, qu'elle a bien du talent pour le gouvernement. » Elle admira aussi la beauté de ces lieux : « C'est à mon goût, disait-elle, la plus belle de nos résidences. Tout s'y trouve réuni : une vue délicieuse , un site charmant et varié, des eaux partout, et si belles, si pures! cascades, prés magnifiques, allées couvertes, bosquets, vignes, blés, arbres fruitiers, le château lui-même grand et assez bien distribué -. » Le vaste panorama que présentent de là la ville et le port de Marseille, avec les hauteurs de Notre- Dame-de-la- Garde, dominant les flots paisibles de la Méditerranée, enchantait ses regards et élevait son cœur. Elle se rappela Belzunce et les premiers miracles de la dévotion au Cœur sacré de Jésus : «Ah! s'écriait-elle alors, qu'une maison du Sacre- Cœur est bien à sa place ici ! Ce lieu et cette ville auraient dû être notre berceau ! » Elle aimait à parcourir avec ses religieuses ce bel enclos ; parfois elle les réunissait sous ce qu'on appelait VOlivier de la paix, ou dans une sorte de petit bois où l'écho est trèssonore, et on lui faisait redire des cantiques en l'honneur de Jésus et de Marie. C'était à l'époque de la fenaison. On dressait à la supérieure un trône de foin
1 Témoign. de M'"= Amélie Ramel, n» 29.
2 A M"' de Gramont , 20 mai 1836.
dans la prairie, toutes les religieuses se groupaient autour d'elle ; et là elle leur faisait de vives exhortations aux vertus religieuses ^
Mais là encore, son cœur trouvait une place vide : c'était celle d'une jeune novice de grande espérance, M™^ Louise -Félicité Joyant de Coui'snongle. Elle était la petite-nièce de cette héroïque Victoire de Saint-Luc, qui, pendant la Terreur, condamnée à mort pour avoir peint et distribué des images du Sacré-Cœur, fut conduite au supplice entre son père et sa mère , à qui elle demanda de les précéder sur Téchafaud : « Vous m'avez appris à vivre, leur dit- elle, je vais vous apprendre à mourir. » Leur nièce, déjà formée dans la maison de Quimper par la mère Thérèse, venait d'embaumer du parfum de son innocence la maison de Paris ; maintenant, mourante à Marseille, elle n'attendait plus que la bénédiction de sa mère générale pour s'en retourner à Dieu : « Quelle perte pour Saint-Joseph ! écrivait M""^ Barat. J'avais tant compté sur celte enfant si dévouée! Je ne puis dire ce que j'en souffre ! » Ayant obtenu de faire ses vœux sur son lit de mort, un matin M'"" Joyant dit à l'infirmière : « Allez avertir ma mère que le moment est venu; mais rassurez -la, ma sœur, je vais au ciel. » l'aile expira ainsi, âgée de vingt et un ans, au lever du soleil. C'était le 4 juin, veille même de la fête du Sacré-Cœur*.
M'"" Barat témoigna du regret qu'elle avait de s'éloigner de Marseille : « Qu'il m'en a coûté, écrivait- elle
1 IKoles de lu inrrc du liarnux rt de lu mcrf /^^»^<7.
2 V. iMtre à M'"" de (^rutnimt , ;«l avril, 2r> mai, el notice, par M"" Aud'-. Cire, drs dr/'nulni . I. Il, y. 109, el siiiifdcineut.