LE NOVICIAT DE MONTET
de Sales. Ses instructions étaient moins des discours que de simples conversations sur quelqu'une des vertus de la vie religieuse. Une fois, qu'il allait partir pour un pè'erinage à Einsielden, il dit aux novices : « Quelle vertu voulez-vous que je demande pour vous à Notre- Dame-des-Ermites ? — L'obéissance! » lui répondirentelles tout d'une voix.
L'obéissance, en effet, était souveraine à Montet. Il n'y avait pas d'emplois qu'elle ne fit accepter. On raconte, par exemple, l'étonnement éprouvé par certains visiteurs en reconnaissant une jeune fille de noble condition dans telle postulante qui , encore en belle robe, gardait, armée d'un bâton, trois ou quatre pourceaux dont elle était bien en peine, en voyant ces animaux défoncer les haies pour se répandre dans le champ voisin et sur la grande route.
Les jésuites étaient les prédicateurs ordinaires de la communauté. Outre leur collège de Fribourg, ils possédaient, près de Montet , à Estavayer, sur le lac même de Neufchâtel, une résidence où ils venaient passer le temps de leur probation, ou se reposer dans la retraite. C'est ainsi que le Père Varin et le Père Druilhet y résidèrent en passant, et purent de là reprendre parfois leur ministère auprès du Sacré-Cœur. C'était là aussi que venait de terminer l'épreuve du troisième an, un homme naguère sorti de la magistrature pour entrer dans la Compagnie de Jésus, et qui devait jeter, par la prédication et la direction des âmes, un si pur éclat d'éloquence et de sainteté dans l'Église de France. Le Père Xavier de Ravignan était souvent député par son supérieur, le Père Godinot, vers les religieuses de Montet. M™® Henriette l'appelait le grand maître de ses
novices : « Sa dignité modeste, son extérieur calme et profondément recueilli, étaient déjà pour nous une prédication muette, rappoite leur journal; on y sentait un cœur uniquement rempli de Dieu*. » Une retraite prêchée par cet apôtre en 1834 avait fait sur le noviciat une grande impression.
Mais la plus remarquable de ces retraites de Montet fut celle qu'y donna bientôt le Père Varin. Il s'était d'abord refusé à la prêcher; et déjà même, quittant Montet, il avait repris la route de la maison d'Estavayer, quand on le vit reparaître inopinément dans 'e noviciat : « La sainte Vierge, dit-il, m'a commandé do vous donner les saints exercices, elle m'aidera de son puissant secours. » Cette retraite fut signalée par des prodiges de tout genre. Le prédicateur lui-même fut si édifié de la direction imprimée à celte fervente famille, qu'à son retour à Paris il dit à M"^ Barat : « Vous avez à Montet un trésor caché. »
Celle qu'il désignait ainsi était la supérieure. M"" Henriette Coppens. Elle avait quarante -huit ans, et, en remontant le cours de sa vie, on y pouvait reconnaître les traces bien lumineuses de la conduite de Dieu. Bernard Coppens, son père, et Marie Valcke, sa mère, honnêtes bourgeois de Gand, en avaient fait une fille diligente, rangée, solide, fidèle au devoir domestique et religieux, selon le bon type des vieilles familles flamandes. Sous une enveloppe tranquille et dans le cadt'e d'une invariable régularité, il y avait en elle un cœur à la fois énergique et tendre, capable de se donner sans mesure, et sollicité de bonne heure de se consacrer à Jésus-